La thérianthropie en tant que “nature”

La thérianthropie en tant que "nature"

Je reprends ici en français des points développés dans certains de mes textes de 2011 et 2012. C’est un peu brouillon et chaque partie mériterait d’être approfondie, ce que je ferai peut être dans des articles séparés.

Il y a ce concept de l’animalité venant en particulier de thérianthropes mais qui ne se limite pas à eux; en effet, c’est une simple reprise d’un discours répandu plus largement au-delà de cette communauté. On peut le résumer à l’idée que notre identité animale de thérian serait une chose avec laquelle on nait, une qualité essentielle de notre être qui fait de nous ce que nous sommes; une espèce de vérité authentique à l’intérieure de nous qui primerait sur le reste (notamment sur l’éducation et autres influences considérées comme externes).

L’animalité relèverait de ce qui est animal, un trait dont les humains seraient généralement dénués ou qu’ils seraient capable de dépasser car supposés au dessus ou autre qu’animal.

Ce concept de l’animalité comme essence va de pair avec une vision dichotomique (disons dualiste) qui conçoit des associations telles que “animal-nature-instinct” en opposition à “humain-culture-raison”. Car l’animal serait ce qui est à l’origine sauvage, dont les réactions ne seraient pas teintées par quelque influence que ce soit, tandis que l’humain serait le produit de la civilisation – de sa culture (une chose dont tous les animaux non-humains seraient dénués). Et le thérianthrope, étant supposé plus proche de l’animal non-humain que l’humain ne l’est, est pensé comme ayant des réactions plus instinctives ou comme étant plus libre des effets de la socialisation humaine…

Outre le fait que c’est un discours très réducteur sur les animaux non-humains, allant notamment à l’encontre même des recherches récentes sur le langage de certaines espèces ou la transmission de pratiques entre différents groupes… je pense qu’il donne aussi une représentation problématique des thérianthropes en plus de servir d’excuse à tout un tas de comportements sous couvert de “c’est naturel” alors qu’il s’agit de tout autre chose.

Personnellement, ce n’est pas du tout la façon dont je me conçois en tant que thérian, même si je pense que c’est important de reconnaître que certains thérians se vivent effectivement ainsi. De la même manière que certaines personnes trans* auront un discours binaire sur le genre et diront par exemple être littéralement “femme dans un corps d’homme” ou être des hommes “parce qu’ils ont toujours aimé les jeux de garçons et détesté les poupées” (quand bien même des garçons peuvent jouer à la poupée ou détester le foot), il y a des thérianthropes qui définiront leur animalité de façon stéréotypée et essentialiste.

Et cela ne veut pas dire que ces personnes ne sont pas des “vrais” ci ou ça; tout ce que je veux dire c’est que c’est un discours sur soi, et pas nécessairement représentatif de l’ensemble auquel il se rapporte. J’aimerais à la fois que les personnes qui découvrent les thérianthropes ne condamnent pas le concept juste parce qu’ils ne sont pas d’accord avec certaines des représentations véhiculées; et d’un autre côté, j’aimerais aussi que certains thérians se posent un peu plus de questions sur ce qu’ils appellent leur “nature”, ce qu’est supposé être un “animal sauvage”, et tout un tas d’autres idées préconçues sur lesquelles ils peuvent s’appuyer pour prouver la légitimité de leur animalité.

Pour ma part, quand je dis que “je suis un corbeau” ou “un leopard”, je ne prétends pas être la réplique d’un corvus corax ou neofelis nebulosa dans un corps humain. Je ne dis pas que je suis par essence, intrinsèquement, tel ou tel animal. Je ne suppose pas ce que serait faire l’expérience du monde dans un corps qui ne serait pas humain, avec un cerveau autre qu’humain et sans avoir été élevé dans une société humaine, parce que je pense que ça serait présomptueux. Ce serait ignorer certaines réalités au profit d’une croyance. Ce que je dis sur moi-même est plus qu’une métaphore, mais ce n’est pas essentialiste; c’est ma manière la plus directe de dire “j’ai des expérience sensorielles et plus qui sont particulières et me poussent à m’identifier à quelque chose d’autre qu’humain, et dont l’approximation la plus proche serait simultanément un félin de type panthère nébuleuse et un corvidé du genre grand corbeau.

Maintenant… c’est bien parce que je ne m’identifie pas de façon binaire que cela me pousse à questionner des “évidences”. Ce n’est pas que je recherche spécialement l’entre-deux, mais je me retrouve souvent dans “l’ailleurs” car il existe rarement de formules toutes faites qui soient en accord avec ce que je suis.

En ce qui concerne la thérianthropie et ce qui nous définit en tant que personne-animales, ce n’est pour moi pas une question de “nature” (spirituelle ou biologique) supposée pré-existante au reste. Et j’emprunte aussi l’idée à certains courants de l’éthologie, pour moi l’animalité n’est pas une qualité en soi qu’un être possède ou non, c’est avant tout un concept humain qui sert à distinguer les animaux non-humains de nous-mêmes, sinon pour désigner la part la moins humaine et dont il faudrait se distancer, s’élever au-delà. Par exemple en niant sa dimension corporelle, ses désirs et ses sentiments, pour laisser place à la valorisation de l’esprit et de la faculté de raison. L’animalité relèverait d’une nature “basse” ou “basique” dévalorisée par la plupart des humains.

Mais le fait est que l’animalité, on la possède tous (ou encore, ce n’est qu’une idée et elle n’existe pas réellement). Ce n’est pas une chose concrète et mesurable en nous, pas plus qu’on ne peut mesurer ce qui fait de nous des hommes, des femmes ou autre chose (je ne parle pas de sexe anatomique, mais bien de la dimension identitaire et sociale). C’est une idée. Il n’existe pas de supposée “animalité” qui soit commune à toutes les créatures sauf les êtres humain. Les humains n’existent pas en dehors du “règne animal”. Plus on étudie les créatures non-humaines et plus on se rend compte à quel point les différences (biologiques et autres) sont plus faibles qu’on ne se l’imaginait. Mais ce n’est pas mon intention de revenir ici sur ce genre d’acquis, pas plus que de faire un cours sur les transidentités ou l’intersexuation.

Il y a beaucoup des traits que certains thérians soulignent pour justifier leur animalité, mais qui existent en fait plus largement chez les autres êtres humains. Les thérians ne sont pas vraiment “plus animal” mais tout au plus dirons nous plutôt “différemment animaux” que les non-thérians. Par exemple l’expression de la violence n’est pas plus a/normale chez les humains que chez les non-humains, et donc chez les thérians. Je trouve ça pathétique d’utiliser son identité animale pour justifier d’un comportement violent. La seule différence entre thérian et non-thérian se situera tout au plus dans la forme: le thérian peut grogner au lieu de crier, griffer au lieu de frapper. Mais la thérianthropie n’est pas une excuse pour tyranniser les autres ou pour “se lâcher”. Il y a une différence entre thérianthropie et irresponsabilité, entre son identité animale et son refus ou son incapacité à gérer ses pulsions.

Je pense qu’il faut parvenir à lâcher un peu prise sur nos idées reçues de l’animal, au final on ne prouvera jamais notre animalité particulières. Etre, au fond de soi, un homme ou une femme, c’est indémontrable. De la même manière, la thérianthropie est indémontrable. On aura beau se raccrocher à tel ou tel trait en argumentant que c’est bien là la preuve de cette nature [d’homme, de femme, d’animal non-humain, peu importe], c’est un terrain glissant et plus on décortique la chose, moins elle tient debout. On sait déjà que demander à quelqu’un de prouver qu’il est humain, de définir ce qu’est l’humanité même, donne sujet à une infinité de textes philosophique sans pour autant apporter de réponse. C’est pourquoi les légitimations superficielles ou fallacieuses de certains thérians vis à vis de leur comportement prétendu animal m’exaspèrent, tout autant que les questionnements extérieurs sans fin qui demandent à ce que nous prouvions nos identités alors même que l’autre ne justifie pas de la sienne.

Ce n’est pas parce qu’on ne parvient pas à prouver ce que nous sommes que ce n’est pas réel. Ce n’est pas parce que quelque chose n’est pas inscrit dans notre ADN ou dans notre “âme” (pour les croyants) qu’elle n’a pas de dimension bien concrète et de conséquences. Et ce n’est pas le fait d’aimer les balades en forêt, de ne pas se reconnaître dans la société ou d’être impulsif qui définie la thérianthropie; ces traits ne sont que des clichés que l’on rattache au fait d’être animal, et des clichés bien humains.

La thérianthropie en tant que "nature"

La thérianthropie en tant que "nature"

Je reprends ici en français des points développés dans certains de mes textes de 2011 et 2012. C’est un peu brouillon et chaque partie mériterait d’être approfondie, ce que je ferai peut être dans des articles séparés.
Il y a ce concept de l’animalité venant en particulier de thérianthropes mais qui ne se limite pas à eux; en effet, c’est une simple reprise d’un discours répandu plus largement au-delà de cette communauté. On peut le résumer à l’idée que notre identité animale de thérian serait une chose avec laquelle on nait, une qualité essentielle de notre être qui fait de nous ce que nous sommes; une espèce de vérité authentique à l’intérieure de nous qui primerait sur le reste (notamment sur l’éducation et autres influences considérées comme externes).
L’animalité relèverait de ce qui est animal, un trait dont les humains seraient généralement dénués ou qu’ils seraient capable de dépasser car supposés au dessus ou autre qu’animal.
Ce concept de l’animalité comme essence va de pair avec une vision dichotomique (disons dualiste) qui conçoit des associations telles que “animal-nature-instinct” en opposition à “humain-culture-raison”. Car l’animal serait ce qui est à l’origine sauvage, dont les réactions ne seraient pas teintées par quelque influence que ce soit, tandis que l’humain serait le produit de la civilisation – de sa culture (une chose dont tous les animaux non-humains seraient dénués). Et le thérianthrope, étant supposé plus proche de l’animal non-humain que l’humain ne l’est, est pensé comme ayant des réactions plus instinctives ou comme étant plus libre des effets de la socialisation humaine…
Outre le fait que c’est un discours très réducteur sur les animaux non-humains, allant notamment à l’encontre même des recherches récentes sur le langage de certaines espèces ou la transmission de pratiques entre différents groupes… je pense qu’il donne aussi une représentation problématique des thérianthropes en plus de servir d’excuse à tout un tas de comportements sous couvert de “c’est naturel” alors qu’il s’agit de tout autre chose.
Personnellement, ce n’est pas du tout la façon dont je me conçois en tant que thérian, même si je pense que c’est important de reconnaître que certains thérians se vivent effectivement ainsi. De la même manière que certaines personnes trans auront un discours binaire sur le genre et diront par exemple être littéralement “femme dans un corps d’homme” ou être des hommes “parce qu’ils ont toujours aimé les jeux de garçons et détesté les poupées” (quand bien même des garçons peuvent jouer à la poupée ou détester le foot), il y a des thérianthropes qui définiront leur animalité de façon stéréotypée et essentialiste.
Et cela ne veut pas dire que ces personnes ne sont pas des “vrais” ci ou ça; tout ce que je veux dire c’est que c’est un discours sur soi, et pas nécessairement représentatif de l’ensemble auquel il se rapporte. J’aimerais à la fois que les personnes qui découvrent les thérianthropes ne condamnent pas le concept juste parce qu’ils ne sont pas d’accord avec certaines des représentations véhiculées; et d’un autre côté, j’aimerais aussi que certains thérians se posent un peu plus de questions sur ce qu’ils appellent leur “nature”, ce qu’est supposé être un “animal sauvage”, et tout un tas d’autres idées préconçues sur lesquelles ils peuvent s’appuyer pour prouver la légitimité de leur animalité.
Pour ma part, quand je dis que “je suis un corbeau” ou “un leopard”, je ne prétends pas être la réplique d’un corvus corax ou neofelis nebulosa dans un corps humain. Je ne dis pas que je suis par essence, intrinsèquement, tel ou tel animal. Je ne suppose pas ce que serait faire l’expérience du monde dans un corps qui ne serait pas humain, avec un cerveau autre qu’humain et sans avoir été élevé dans une société humaine, parce que je pense que ça serait présomptueux. Ce serait ignorer certaines réalités au profit d’une croyance. Ce que je dis sur moi-même est plus qu’une métaphore, mais ce n’est pas essentialiste; c’est ma manière la plus directe de dire “j’ai des expérience sensorielles et plus qui sont particulières et me poussent à m’identifier à quelque chose d’autre qu’humain, et dont l’approximation la plus proche serait simultanément un félin de type panthère nébuleuse et un corvidé du genre grand corbeau.
Maintenant… c’est bien parce que je ne m’identifie pas de façon binaire que cela me pousse à questionner des “évidences”. Ce n’est pas que je recherche spécialement l’entre-deux, mais je me retrouve souvent dans “l’ailleurs” car il existe rarement de formules toutes faites qui soient en accord avec ce que je suis.
En ce qui concerne la thérianthropie et ce qui nous définit en tant que personne-animales, ce n’est pour moi pas une question de “nature” (spirituelle ou biologique) supposée pré-existante au reste. Et j’emprunte aussi l’idée à certains courants de l’éthologie, pour moi l’animalité n’est pas une qualité en soi qu’un être possède ou non, c’est avant tout un concept humain qui sert à distinguer les animaux non-humains de nous-mêmes, sinon pour désigner la part la moins humaine et dont il faudrait se distancer, s’élever au-delà. Par exemple en niant sa dimension corporelle, ses désirs et ses sentiments, pour laisser place à la valorisation de l’esprit et de la faculté de raison. L’animalité relèverait d’une nature “basse” ou “basique” dévalorisée par la plupart des humains.
Mais le fait est que l’animalité, on la possède tous (ou encore, ce n’est qu’une idée et elle n’existe pas réellement). Ce n’est pas une chose concrète et mesurable en nous, pas plus qu’on ne peut mesurer ce qui fait de nous des hommes, des femmes ou autre chose (je ne parle pas de sexe anatomique, mais bien de la dimension identitaire et sociale). C’est une idée. Il n’existe pas de supposée “animalité” qui soit commune à toutes les créatures sauf les êtres humain. Les humains n’existent pas en dehors du “règne animal”. Plus on étudie les créatures non-humaines et plus on se rend compte à quel point les différences (biologiques et autres) sont plus faibles qu’on ne se l’imaginait. Mais ce n’est pas mon intention de revenir ici sur ce genre d’acquis, pas plus que de faire un cours sur les transidentités ou l’intersexuation.
Il y a beaucoup des traits que certains thérians soulignent pour justifier leur animalité, mais qui existent en fait plus largement chez les autres êtres humains. Les thérians ne sont pas vraiment “plus animal” mais tout au plus dirons nous plutôt “différemment animaux” que les non-thérians. Par exemple l’expression de la violence n’est pas plus a/normale chez les humains que chez les non-humains, et donc chez les thérians. Je trouve ça pathétique d’utiliser son identité animale pour justifier d’un comportement violent. La seule différence entre thérian et non-thérian se situera tout au plus dans la forme: le thérian peut grogner au lieu de crier, griffer au lieu de frapper. Mais la thérianthropie n’est pas une excuse pour tyranniser les autres ou pour “se lâcher”. Il y a une différence entre thérianthropie et irresponsabilité, entre son identité animale et son refus ou son incapacité à gérer ses pulsions.
Je pense qu’il faut parvenir à lâcher un peu prise sur nos idées reçues de l’animal, au final on ne prouvera jamais notre animalité particulières. Etre, au fond de soi, un homme ou une femme, c’est indémontrable. De la même manière, la thérianthropie est indémontrable. On aura beau se raccrocher à tel ou tel trait en argumentant que c’est bien là la preuve de cette nature [d’homme, de femme, d’animal non-humain, peu importe], c’est un terrain glissant et plus on décortique la chose, moins elle tient debout. On sait déjà que demander à quelqu’un de prouver qu’il est humain, de définir ce qu’est l’humanité même, donne sujet à une infinité de textes philosophique sans pour autant apporter de réponse. C’est pourquoi les légitimations superficielles ou fallacieuses de certains thérians vis à vis de leur comportement prétendu animal m’exaspèrent, tout autant que les questionnements extérieurs sans fin qui demandent à ce que nous prouvions nos identités alors même que l’autre ne justifie pas de la sienne.
Ce n’est pas parce qu’on ne parvient pas à prouver ce que nous sommes que ce n’est pas réel. Ce n’est pas parce que quelque chose n’est pas inscrit dans notre ADN ou dans notre “âme” (pour les croyants) qu’elle n’a pas de dimension bien concrète et de conséquences. Et ce n’est pas le fait d’aimer les balades en forêt, de ne pas se reconnaître dans la société ou d’être impulsif qui définie la thérianthropie; ces traits ne sont que des clichés que l’on rattache au fait d’être animal, et des clichés bien humains.

Sur les méta-membres

Sur les méta-membres

On m’a encouragé à écrire quelque chose sur mes membres fantômes; c’est une expérience très intime pour moi mais je vais tenter de me plier à cette demande.

Tout d’abord, je pense qu’il est important de préciser que les membres fantômes chez les thérians sont un phénomène qui ne correspond pas exactement à la définition stricte connue des personnes amputées, mais à celle que la communauté scientifique appelle plutôt “membre fantôme surnuméraire”. Il y a un article Wikipédia sur le sujet bien qu’il n’ait malheureusement pas encore été traduit en français; il définit les membres fantômes surnuméraires comme relevant d’une condition où la personne croit et perçoit des informations venant d’un membre du corps qui n’a jamais physiquement existé, alors que les membres fantômes tels qu’on les connait plus communément apparaissent à la suite d’une amputation. Mais comme l’appellation “surnuméraire” alourdit la formule, elle est souvent omise dans les discussions; je parle moi-même généralement simplement de “membres fantômes” même si je fais toujours référence aux membres fantômes surnuméraires et rien d’autre.

Tous les thérians ne font pas l’expérience de membres fantômes, mais c’est un phénomène tout de même répandu d’après ce que j’ai pu voir sur les sites et forums que je parcours depuis une douzaine d’années. Chez beaucoup, ces sensations ne se produisent que lors d’une shift, et sont absentes le reste du temps. Pour ma part, l’analogie la plus exacte que je peux fournir pour tenter d’expliquer mes sensations de membres fantômes est celle de ma synesthésie.

La synesthésie est le mélange de deux ou plusieurs modes de perception chez une personne; c’est aussi une bizarrerie neurologique qui est connue de la communauté scientifique. Pour ma part, je fais l’expérience d’un type courant, celui qui transpose des couleurs sur des graphèmes (c’est à dire sur des lettres, chiffres et symboles similaires). Lorsque je regarde une lettre ou un chiffre, je peux “percevoir” sa couleur; cela fonctionne aussi pour certains mots entiers en ce qui me concerne, par exemple pour les jours de la semaine et les noms de mois (ce qui a eu le don de m’énerver en maternelle car on nous apprenait ces mots avec des couleurs, et que les couleurs choisies par la maîtresse contre-indiquaient celles de ma synesthésie, donc j’avais l’impression que ce qu’on nous apprenait en classe était inexact). Tous les synesthètes n’associent cependant pas les mêmes couleurs aux mêmes graphèmes.

Bien sûr, je suis tout à fait capable de voir la couleurs “réelle” de l’encre utilisée pour les mots. Je sais que ce que je vois n’est qu’une projection et je peux faire la distinction entre ma synesthésie et la réalité physique. Si pour moi la lettre “A” est rouge, cela ne m’empêchera pas de noter le fait que l’encre utilisée est noire, ou que dans telle affiche la lettre a été imprimée en une autre couleur. Et dans ma classe de maternelle, c’était bien parce que je voyais la différence entre le fait que le “mardi” était écrit en rouge sur le poster, alors que pour moi “mardi” est vert, que cela me frustrait terriblement.

Pour moi, mes membres fantômes – ou “méta-membres” – sont la même chose. Je suis capable de sentir des oreilles félines par dessus ou dans le prolongement de mes oreilles physiques, et je peux dire lesquelles sont faites de chair et lesquelles ne sont que le fruit de mon cerveau bizarre. Mais après tout, les sensations physiques sont aussi de simples signaux électriques ou chimiques dans mon corps, la différence entre ce que nous nommons le réel et la sensation fantôme n’existe que dans un regard extérieur. Pour mon cerveau, les deux perceptions sont valides et réelles.

Les sensations fantômes tendent à avoir moins de poids dans mon ressenti, parce que le monde physique pèse moins dessus. Je peux ressentir une gène si mes ailes se cognent dans le décor, si l’on peut dire, mais sans plus. Sans doutes que ce n’est du qu’à un effet placebo de ce que mon cerveau “attend” de logique en terme d’interactions physiques. De la même manière je peux sentir le vent dans mes plumes ou dans la fourrure de ma nuque, des griffes et des canines plus longs que les ongles et les dents que je possède en réalité. J’ai la sensation d’une structure musculaire ou osseuse étrange qui semble plus “juste” que mon anatomie actuelle. Globalement, mon cerveau a une cartographie de mon corps qui diffère de sa géographique “physique” concrète.

D’où, par moment, le sentiment de dysphorie d’espèce, que d’autres ont beaucoup mieux décrit que moi car je ne le ressens pas aussi intensément que la plupart (mais je ne suis pas non plus vraiment dysphorique de genre par rapport à mon corps, donc ce n’est pas une surprise). Souvent ce n’est qu’une petite gène pour moi, et plus rarement une sensation d’écoeurement, de tristesse, de frustration ou une douleur presque physique. C’est le ressenti de “ce qui devrait être”. Pour d’autres parfois, c’est comme s’ils étaient littéralement physiquement malades.

Pour le moment je n’ai pas encore traduit beaucoup de choses sur la dysphorie du point de vue thérian, mais il y a ce petit texte de Ninmenjuushin pour commencer.

Le labyrinthe de l’animalité

Le labyrinthe de l'animalité

Par Twido

Si un jour je devais représenter ma manière de penser, je ferais ça :

gribouilli

C’est moche, hein ? Ce n’est même pas de l’art. Ça n’a aucun sens, ni queue ni tête, on n’y comprend rien. Mon cerveau, c’est des gribouillis. J’ai l’habitude de prendre la tête pour tout et n’importe quoi. Je pense, je pense, je pense… en fait, je pense jusqu’à ne même plus comprendre à quoi je pense. “Et si j’avais fait, est ce que… ?” “Suis je réellement… ?” “Pourquoi ai je… ?” Je décortique un sujet X, j’essaye de le prendre à l’endroit, à l’envers, je me pose toutes sortes de questions dessus, je finis par m’embrouiller. J’ai beau me répéter “arrête de te torturer”, je continue à m’exploser le crâne à coup de questions. Je vais finir par croire que mon cerveau est un labyrinthe sans issue : quelque soit la route que je prend, je tomberai toujours sur un cul de sac.

J’emprunte trop souvent le chemin de l’animalité, trop trop souvent. A vu de nez, la route semble dégagée à force de mes allés et retours. Cependant, dès qu’on s’enfonce un peu, nous voilà sur un chemin on ne peux plus tortueux. Une forêt sombre à n’en plus voir le ciel, des ronces, des épines. Un peu comme le jardin d’Alice, mais cette fois en pente. Et là, on est en plein milieu de ce grouillement d’idées. Des lombrics qui se superposent, se mélangent entre entre eux, se collent et pullulent . Aujourd’hui, j’ai envie de mettre mes pensées au clair. J’ai besoin de tout faire sortir. Je sais que je m’avance sur une pente glissante, ce n’est pas grave, j’ai l’habitude de me casser la gueule. Et en plus, cette fois, je serai accompagnée.

Nous voici au premier croisement. Il n’y pas de Chat de Cheshire, pas de “Par ici” ni de “Par là”, pas de “Mangez moi” ni de “Buvez-moi”. A la place, deux immenses panneaux : “Je suis animale”, “Je ne suis pas animale”. Parfois, les inscriptions changent. “Suis je moi même ?”, “Qu’est ce qu’être réellement animal ?”, “Suis je folle ?”.

Je commence à me sentir mal. Et si tout ça n’était qu’une illusion ? Les shifts, les membres fantômes, l’identification, les pulsions… Est ce vraiment moi ? Ou est-ce plutôt ce que j’aimerai être ? Et si c’était la même chose ? J’ai mal à la tête.

Pour me rassurer, je prend mon chemin favoris : celui des souvenirs. Il est propre, désherbé, linéaire. Un seconde jardin du Luxembourg. Les souvenirs me font office de preuves. Je me souviens de l’envie de libérer toute cette animalité en moi, de me laisser aller, d’être moi même. Et là, je fais “tilt”. Je suis rassurée : “L’animalité, c’est ma personnalité. Je suis comme ça, depuis toujours. C’est moi !” Et pourtant, je sais que quand je retournerai au croisement précédent, toutes mes craintes referont surface. Je suis bloquée dans un cercle sans fin.

A force de me creuser la cervelle, je revois des souvenirs que j’aurai préféré oublié. La gêne, le mal-être. Plus j’avance et plus ces souvenirs désagréable reviennent pointer le bout de leur nez. Pourquoi je ne m’arrête pas ?
Je me souviens de cette impression. Celle où je me disais “On m’a retiré le cerveau, on m’a gratté la case “conformisme”, “normes sociales”, “vie en société” et on m’a re-placé le cerveau…à l’envers”. Une fois, alors que je me sentais particulièrement mal, une voix s’est mis à répéter en boucle “T’es une erreur de fabrication”, un peu comme un disque rayé, “T’es une erreur de fabrication”. A moment, le disque a planté et seul le mot “Erreur” se faisait entendre.

J’ai mal au coeur. Je revois Alice courir dans la forêt de Wonderland. Elle trébuche parfois, s’écroule sur le sol.
Je suis Alice et je me prend dans les toiles d’araignées. Je me relève et je tombe dans un trou. J’essaye de m’agripper au rebord mais le mot “HONTE” me marche sur les doigts.

J’ai honte, qu’est ce que j’ai honte. J’ai honte de ce que je suis, j’ai honte vis à vis des autres thériantrhopes, j’ai honte d’avoir honte. Puis, comme si ça ne suffisait pas, un panneau se redresse. Il y est inscrit “Qu’est ce que la honte ? Aller, souviens toi de tout ce qui te fait si honte !”

J’ai honte de me sentir renarde. Je me regarde dans la glace, je vois une jeune fille, je n’ai pas de queue, ni d’oreilles pointues, ni de fourrure… Alors pourquoi cette identification ? Je ne sais pas, je ne comprend pas. Je déteste ces zones de flous, je besoin de tout savoir, de tout maîtriser. J’ai du mal à assumer ce ressenti… J’évite, alors, d’en parler à mes proches non-thérians. Et quand je leur en parle, je ne m’avance pas réellement sur le sujet. “J’aime bien les renards, je leur ressemble”, c’est toujours plus facile à dire que la vérité. Une fois, on m’a demandé “Ah, mais encore heureux que tu ne te sentes pas réellement renarde, pas vrai ?” et j’ai répondu “Encore heureux.”

Japper, mordiller, lécher, sentir. Je trouve ça honteux, terriblement. Rien qu’écrire ces mots me fait frissonner… J’hésite à les effacer… Je les laisse ? Je les laisse.

“Mais merde, pourquoi je fais tout ça…?”
Et j’entend un chuchotement qui me répond “Parce que tu aimes ça, être animal.”

J’aime ça… Jouir de plaisirs animaux. Je suis folle. J’ai honte.
Et qu’est c’est que ça ? C’est du plaisir malsain ?

Surtout quand ces pulsions me prennent en publique. C’est une envie, une véritable envie. Je sais que les écouter, ça me ferai du bien. Mais je ne le fais pas. Je pèse toujours le pour et le contre avant de faire quelque chose.
La Reine de coeur me dit : “Tu passeras un bon moment”.
L’As de Pique rétorque : “Tu le regretteras amèrement”.

Et quand je vois certaines personnes qui se disent “animaux”, en train d’hurler à plein poumon ou de grogner dans la rue, je ressens un profond mal être. Ils ne ressentent aucune véritable envie, aucun besoin… Ils veulent juste montrer au monde qu’ils sont différents. Ils se pavanent de manière à dire “Regardez moi ! Je suis animal !” Et en effet, les gens les regardent…
…Je suis peut être jalouse de leur liberté, qui sait ?

J’ai déjà shifté devant des proches et j’ai jamais eu aussi honte de ma vie. J’avais honte de mes actes, c’est clair. Mais j’avais également honte de ressembler à ces pseudo-thérians qui veulent à tout prix prouver aux autres qu’ils sont réellement animaux.

“Et si ? Et si ? Et si ?” J’ai tellement de questions.

“Qui suis je ?” “Pourquoi je suis comme ça ?” “Est-ce vraiment moi ?”
J’ai l’impression de remonter au tout début du labyrinthe…

Je veux sortir de ce délire, quitte à me prendre une paire de gifle ou, dans un cas extrême, à me fracasser le crâne contre le mur. Je me secoue la tête, je respire un bon coup et je me retire de cette bulle.

Je vais sur mon blog histoire de me changer les idées. Dans un commentaire, on me demande “Pourquoi te prends tu pour un animal ?”

J’ai pas envie de répondre, pas maintenant.
Même si cette question est de nature innocente, je ressens un drôle de poids au coeur. Surtout après tout ça.

Si seulement je pouvais tout simplement n’imiter qu’un animal. Je pense que j’agirai seulement comme une bête classe. Je ne ferai que montrer les crocs, grogner et mordre. J’arrêterai de me poser des questions. J’en profiterai pour me montrer sous une forme imposante. Adieu couinement, positions de soumission et tout le tintouin honteux.

La thérianthropie aurait pu être un jeu. Agir de manière sauvage et indomptable. Etre incontrôlable lors de violentes crises animales. Se définir comme un animal bestial et cruel aux couleurs improbables. Si ce n’était qu’un jeu, on ne trouverai ni de dysphorie, ni de honte, ni de mal-être, ni de craintes. Si ce n’était qu’un jeu, il suffirait de cliquer sur “pause” lorsque l’on voudrait passer à autre chose. Mais en échange, on abandonnerai tous les plaisirs que nous offre l’animalité…

Et là, je m’enfonce à nouveau dans le labyrinthe d’Alice.

Le labyrinthe de l'animalité

Le labyrinthe de l'animalité

Par Twido
Si un jour je devais représenter ma manière de penser, je ferais ça :
gribouilli
C’est moche, hein ? Ce n’est même pas de l’art. Ça n’a aucun sens, ni queue ni tête, on n’y comprend rien. Mon cerveau, c’est des gribouillis. J’ai l’habitude de prendre la tête pour tout et n’importe quoi. Je pense, je pense, je pense… en fait, je pense jusqu’à ne même plus comprendre à quoi je pense. “Et si j’avais fait, est ce que… ?” “Suis je réellement… ?” “Pourquoi ai je… ?” Je décortique un sujet X, j’essaye de le prendre à l’endroit, à l’envers, je me pose toutes sortes de questions dessus, je finis par m’embrouiller. J’ai beau me répéter “arrête de te torturer”, je continue à m’exploser le crâne à coup de questions. Je vais finir par croire que mon cerveau est un labyrinthe sans issue : quelque soit la route que je prend, je tomberai toujours sur un cul de sac.
J’emprunte trop souvent le chemin de l’animalité, trop trop souvent. A vu de nez, la route semble dégagée à force de mes allés et retours. Cependant, dès qu’on s’enfonce un peu, nous voilà sur un chemin on ne peux plus tortueux. Une forêt sombre à n’en plus voir le ciel, des ronces, des épines. Un peu comme le jardin d’Alice, mais cette fois en pente. Et là, on est en plein milieu de ce grouillement d’idées. Des lombrics qui se superposent, se mélangent entre entre eux, se collent et pullulent . Aujourd’hui, j’ai envie de mettre mes pensées au clair. J’ai besoin de tout faire sortir. Je sais que je m’avance sur une pente glissante, ce n’est pas grave, j’ai l’habitude de me casser la gueule. Et en plus, cette fois, je serai accompagnée.
Nous voici au premier croisement. Il n’y pas de Chat de Cheshire, pas de “Par ici” ni de “Par là”, pas de “Mangez moi” ni de “Buvez-moi”. A la place, deux immenses panneaux : “Je suis animale”, “Je ne suis pas animale”. Parfois, les inscriptions changent. “Suis je moi même ?”, “Qu’est ce qu’être réellement animal ?”, “Suis je folle ?”.
Je commence à me sentir mal. Et si tout ça n’était qu’une illusion ? Les shifts, les membres fantômes, l’identification, les pulsions… Est ce vraiment moi ? Ou est-ce plutôt ce que j’aimerai être ? Et si c’était la même chose ? J’ai mal à la tête.
Pour me rassurer, je prend mon chemin favoris : celui des souvenirs. Il est propre, désherbé, linéaire. Un seconde jardin du Luxembourg. Les souvenirs me font office de preuves. Je me souviens de l’envie de libérer toute cette animalité en moi, de me laisser aller, d’être moi même. Et là, je fais “tilt”. Je suis rassurée : “L’animalité, c’est ma personnalité. Je suis comme ça, depuis toujours. C’est moi !” Et pourtant, je sais que quand je retournerai au croisement précédent, toutes mes craintes referont surface. Je suis bloquée dans un cercle sans fin.
A force de me creuser la cervelle, je revois des souvenirs que j’aurai préféré oublié. La gêne, le mal-être. Plus j’avance et plus ces souvenirs désagréable reviennent pointer le bout de leur nez. Pourquoi je ne m’arrête pas ?
Je me souviens de cette impression. Celle où je me disais “On m’a retiré le cerveau, on m’a gratté la case “conformisme”, “normes sociales”, “vie en société” et on m’a re-placé le cerveau…à l’envers”. Une fois, alors que je me sentais particulièrement mal, une voix s’est mis à répéter en boucle “T’es une erreur de fabrication”, un peu comme un disque rayé, “T’es une erreur de fabrication”. A moment, le disque a planté et seul le mot “Erreur” se faisait entendre.
J’ai mal au coeur. Je revois Alice courir dans la forêt de Wonderland. Elle trébuche parfois, s’écroule sur le sol.
Je suis Alice et je me prend dans les toiles d’araignées. Je me relève et je tombe dans un trou. J’essaye de m’agripper au rebord mais le mot “HONTE” me marche sur les doigts.
J’ai honte, qu’est ce que j’ai honte. J’ai honte de ce que je suis, j’ai honte vis à vis des autres thériantrhopes, j’ai honte d’avoir honte. Puis, comme si ça ne suffisait pas, un panneau se redresse. Il y est inscrit “Qu’est ce que la honte ? Aller, souviens toi de tout ce qui te fait si honte !”
J’ai honte de me sentir renarde. Je me regarde dans la glace, je vois une jeune fille, je n’ai pas de queue, ni d’oreilles pointues, ni de fourrure… Alors pourquoi cette identification ? Je ne sais pas, je ne comprend pas. Je déteste ces zones de flous, je besoin de tout savoir, de tout maîtriser. J’ai du mal à assumer ce ressenti… J’évite, alors, d’en parler à mes proches non-thérians. Et quand je leur en parle, je ne m’avance pas réellement sur le sujet. “J’aime bien les renards, je leur ressemble”, c’est toujours plus facile à dire que la vérité. Une fois, on m’a demandé “Ah, mais encore heureux que tu ne te sentes pas réellement renarde, pas vrai ?” et j’ai répondu “Encore heureux.”
Japper, mordiller, lécher, sentir. Je trouve ça honteux, terriblement. Rien qu’écrire ces mots me fait frissonner… J’hésite à les effacer… Je les laisse ? Je les laisse.
“Mais merde, pourquoi je fais tout ça…?”
Et j’entend un chuchotement qui me répond “Parce que tu aimes ça, être animal.”
J’aime ça… Jouir de plaisirs animaux. Je suis folle. J’ai honte.
Et qu’est c’est que ça ? C’est du plaisir malsain ?
Surtout quand ces pulsions me prennent en publique. C’est une envie, une véritable envie. Je sais que les écouter, ça me ferai du bien. Mais je ne le fais pas. Je pèse toujours le pour et le contre avant de faire quelque chose.
La Reine de coeur me dit : “Tu passeras un bon moment”.
L’As de Pique rétorque : “Tu le regretteras amèrement”.
Et quand je vois certaines personnes qui se disent “animaux”, en train d’hurler à plein poumon ou de grogner dans la rue, je ressens un profond mal être. Ils ne ressentent aucune véritable envie, aucun besoin… Ils veulent juste montrer au monde qu’ils sont différents. Ils se pavanent de manière à dire “Regardez moi ! Je suis animal !” Et en effet, les gens les regardent…
…Je suis peut être jalouse de leur liberté, qui sait ?
J’ai déjà shifté devant des proches et j’ai jamais eu aussi honte de ma vie. J’avais honte de mes actes, c’est clair. Mais j’avais également honte de ressembler à ces pseudo-thérians qui veulent à tout prix prouver aux autres qu’ils sont réellement animaux.
“Et si ? Et si ? Et si ?” J’ai tellement de questions.
“Qui suis je ?” “Pourquoi je suis comme ça ?” “Est-ce vraiment moi ?”
J’ai l’impression de remonter au tout début du labyrinthe…
Je veux sortir de ce délire, quitte à me prendre une paire de gifle ou, dans un cas extrême, à me fracasser le crâne contre le mur. Je me secoue la tête, je respire un bon coup et je me retire de cette bulle.
Je vais sur mon blog histoire de me changer les idées. Dans un commentaire, on me demande “Pourquoi te prends tu pour un animal ?”
J’ai pas envie de répondre, pas maintenant.
Même si cette question est de nature innocente, je ressens un drôle de poids au coeur. Surtout après tout ça.
Si seulement je pouvais tout simplement n’imiter qu’un animal. Je pense que j’agirai seulement comme une bête classe. Je ne ferai que montrer les crocs, grogner et mordre. J’arrêterai de me poser des questions. J’en profiterai pour me montrer sous une forme imposante. Adieu couinement, positions de soumission et tout le tintouin honteux.
La thérianthropie aurait pu être un jeu. Agir de manière sauvage et indomptable. Etre incontrôlable lors de violentes crises animales. Se définir comme un animal bestial et cruel aux couleurs improbables. Si ce n’était qu’un jeu, on ne trouverai ni de dysphorie, ni de honte, ni de mal-être, ni de craintes. Si ce n’était qu’un jeu, il suffirait de cliquer sur “pause” lorsque l’on voudrait passer à autre chose. Mais en échange, on abandonnerai tous les plaisirs que nous offre l’animalité…
Et là, je m’enfonce à nouveau dans le labyrinthe d’Alice.

Questions sérieuses pour otherkin

Questions sérieuses pour otherkin

Par Aethytiek

Qu’est-ce qui rend otherkin d’un point de vue scientifique?

Pour donner un peu de contexte, je suis une personne chauve-souris.

En ce qui me concerne, les docteurs à qui j’ai parlé estiment qu’il y a une erreur relativement bénigne dans la manière qu’a mon cerveau de traiter les informations, de telle sorte que je reçois les sensations d’une structure physique qui n’est pas présente. Pour prendre un exemple, je pourrais dire que par dessus mes bras j’ai la sensation d’ailes (ce qui est très simpliste. “Ailes” n’est pas vraiment exact.). Evidemment, tout ce qui existe en réalité sont des bras humains.

Ce que ça fait en tant qu’expérience c’est que si les sensations sont particulièrement présentes à un moment donné, je peux perdre ma coordination, devenir irritable et anxieuse. Cela dépend parfois de mon humeur et de mon énergie cependant.

A un moment dans ma vie j’imagine que j’ai commencé à identifier ces sensations aux créatures volantes, puis aux chauve-souris. Cela ne se limite pas à ça, mais c’est le plus simple résumé d’une “origine”. C’est devenu une partie intégrante de la manière dont je me perçois et m’identifie/situe dans mon environnement, au point que le déconstruire et tenter de me redéfinir en tant “qu’humain bizarre” serait impossible ou nuisible, d’après ce que pensent les médecins et conseillers à qui j’en ai parlé. Il n’y a aucun moyen de réparer ou supprimer la manière dont mon cerveau traite l’information, seulement l’identité. Peut-être. Et à quel prix, c’est tout le problème.

Je suis une adulte. Cette expérience a toujours été présente dans ma vie, et la plupart des sentiments négatifs qui en découlent viennent de la sensation d’être honteuse et aliénée, et de n’avoir aucun soutient quand mon angoisse crève le plafond. Mais il est plus aisé de travailler là dessus que de réduire en miettes mon moi intérieur ou autre.

Parfois je m’inquiète du fait d’impliquer que mon identité est le résultat d’une information mal traitée, parce que même si c’est un aspect du “pourquoi”, dans mon expérience quotidienne ce n’est que ça. Ce n’est pas l’expérience en soi. Pour moi, je perçois mon corps à une intersection de sensations. Je me sens chauve-souris et humaine, et c’est simplement comme ça que j’ai grandi.

Sinon, qu’est-ce qui fait que les gens puissent être otherkin selon toi?

Je pense qu’il y a pleins de raisons différentes qui expliquent pourquoi des personnes sont otherkin ou thérian, et que mon hypothèse personnelle n’en est qu’une parmi d’autres.

Comment l’as-tu compris?

Je ne suis pas sûre du sens de la phrase, comment est-ce que j’ai su que j’étais otherkin ou bien comment est-ce que j’ai su pourquoi j’étais otherkin?

J’ai trouvé la communauté thérianthrope, et j’ai parlé à des gens et essayé de voir si mon ressenti était assez proche du leur pour que la terminologie soit appropriée et utile. Et le “pourquoi je suis ainsi” vient juste de beaucoup de réflexion et de discussions au cours des ans, parce que je voulais être capable de résumer cette expérience de manière efficace pour les personnes extérieures afin de les aider à comprendre. Principalement pour mes amis et ma famille. Mais je trouve que synthétiser n’apporte pas tellement d’aide que ça parce que le sujet est juste trop complexe! ^^”

Comment te sens-tu vis à vis de ton corps humain?

Bien et mal.