Ma vision de la notion "d'animalité"

Ma vision de la notion "d'animalité"

Par Sparwari
Animalité…
J’aime bien ce mot. C’est mon Graal. Le terme qui jouait à cache-cache avec moi depuis que je suis gamine et que j’essayais d’attraper… j’ai réussi, maintenant. J’ai mis un mot sur ce que je pensais être. Il m’en aura fallu, du temps. Il m’en aura fallu, de la patience. Mais je l’ai, maintenant. Je l’ai entre mes doigts, ce lingot. Cet Anneau Unique qui fait que nous sommes tous là, sur ce forum, à échanger nos points de vue et nos impressions concernant ce nom étrange…
Animalité. Douce animalité…
Tu as toujours été là. Sans jamais te montrer réellement.
C’est difficile de mettre des mots sur quelque chose de diamétralement opposé à la notion même de langage… mais je vais essayer.
Tout à l’heure, on m’a posé une question. Une question qui m’a fait réfléchir. Qui a mis le feu sous mon crâne et qui a porté mes pensées à ébullition.
“Qu’est-ce que ça fait ?”
Qu’est-ce que ça fait de se sentir animal ? D’être, justement, un de ces “Zoosapiens” ?
Une fois, j’ai vu quelqu’un à qui on avait posé cette question répondre : “Et toi, qu’est-ce que ça te fait d’être humain ?”. Je ris de cette réponse. D’un rire jaune.
Il faudrait être bien orgueilleux pour se prétendre autre qu’humain. Si on découpe le cerveau du premier thérian ou otherkin venu, on trouvera un cerveau de base. Un cerveau de base avec des capacités et un fonctionnement différents, cela va de soi. Mais, en ouvrant un crâne, on trouvera toujours cette gelée rosâtre et dégoûtante qui, je vous le rappelle, nous permet de nous trouver ici, sur le net.
Bref. Qu’est-ce que ça fait ?
Je vais m’avancer dans une forêt vierge avec mon propre regard et mon propre ressenti.
Pour moi, l’animalité, c’est une somme. C’est comme un château de cartes. C’est une carte. Plus une carte. Plus une carte. Plus une carte. Plus d’autres cartes. Qui forment un château de cartes.
Pourtant, il y a plusieurs façon de faire un château de cartes. Tout comme il y a plusieurs manières de vivre son animalité.
La nature des cartes varie selon les individus, je pense. Un caractère. Un souvenir. Des envies particulières. Des tendances spéciales. Des membres fantômes ressentis. Chacun de ces termes peut représenter une carte, et donc un des piliers du château. C’est complexe, un esprit. C’est complexe aussi, l’animalité… c’est complexe, un château. Il y a beaucoup de piliers. Il faut faire les fondations, les piliers, les tours, les parapets, le donjon…
Comment expliquer ? Comment décrire ? Autrement que par cette idée de château qui nous fait voir la vie autrement ?
Pour moi, c’est ce qui nous donne une manière de voir, et d’appréhender le monde d’une manière particulière. Quelque chose qui nous fait nous sentir autre chose que ce que nous devrions être. Un Homo Sapiens normal pense rarement au plaisir jouissif qu’on a à se mordiller, à mordiller, griffer, observer… de Vivre comme ça, en somme. L’Homo Sapiens lambda peine à penser qu’il est possible de penser autrement qu’avec des mots… et pourtant…
Être animal, à mes yeux, ça n’est pas bomber le torse en grognant : “Rawr, je suis un loup/ours/requin/aigle/fox à poils durs, tu as vu ma particularité ?”. Un thérian, en général, ça ferme son bec. Surtout quand ça a réalisé à quel point ses idéaux sont en décalage par rapport à la société…
Il m’est avis que ce qui nous pousse à nous identifier à une bestiole, qu’elle soit poilue, écaillée, emplumée, qu’elle vive dans l’eau, sur terre ou dans les airs, c’est bien la superposition de traits. C’est pour ça que toi, jeune Internaute, tu pourras, si tu n’es pas thérian, te trouver des points communs avec des amis à toi qui le sont. Et vice et versa. Si tu te considères comme thérian, tu peux te trouver des caractères en commun ( Caractères que tu attribues comme étant un des piliers de ton château-animalité compris ) avec des gens qui ne se sentent absolument pas animaux.
C’est une alchimie, pour moi. Un formidable procédé psychologique. Comme en cours de chimie, où quand tu mélanges différentes substances, tu obtiens une solution avec des jolis précipités de toutes les couleurs… là, c’est pareil. Les éléments à part n’ont rien de particulier, mais quand ces éléments de ton Toi se tissent et se mélangent, ça forme ce Toi avec ce côté franchement bestiole.
Ni plus ni moins que ça, j’ai envie de dire.
C’est mon point de vue. Mon ressenti. Mon regard sur la thérianthropie. Je peux vous parler de ce qu’est pour moi la thérianthropie, mais de l’autre côté, je reste incapable de vous dire Pourquoi. Je suis dans l’incapacité totale de vous dire ce qui est à l’origine de cette étrange alchimie. Je ne sais pas ce qui fait que les cartes tiennent ensemble pour faire le château…
Et même si j’aimerais le savoir, honnêtement, ça ne fait dans l’immédiat pas avancer la chose…

Ma vision de la notion “d’animalité”

Ma vision de la notion "d'animalité"

Par Sparwari

Animalité…

J’aime bien ce mot. C’est mon Graal. Le terme qui jouait à cache-cache avec moi depuis que je suis gamine et que j’essayais d’attraper… j’ai réussi, maintenant. J’ai mis un mot sur ce que je pensais être. Il m’en aura fallu, du temps. Il m’en aura fallu, de la patience. Mais je l’ai, maintenant. Je l’ai entre mes doigts, ce lingot. Cet Anneau Unique qui fait que nous sommes tous là, sur ce forum, à échanger nos points de vue et nos impressions concernant ce nom étrange…

Animalité. Douce animalité…
Tu as toujours été là. Sans jamais te montrer réellement.

C’est difficile de mettre des mots sur quelque chose de diamétralement opposé à la notion même de langage… mais je vais essayer.

Tout à l’heure, on m’a posé une question. Une question qui m’a fait réfléchir. Qui a mis le feu sous mon crâne et qui a porté mes pensées à ébullition.

“Qu’est-ce que ça fait ?”

Qu’est-ce que ça fait de se sentir animal ? D’être, justement, un de ces “Zoosapiens” ?

Une fois, j’ai vu quelqu’un à qui on avait posé cette question répondre : “Et toi, qu’est-ce que ça te fait d’être humain ?”. Je ris de cette réponse. D’un rire jaune.
Il faudrait être bien orgueilleux pour se prétendre autre qu’humain. Si on découpe le cerveau du premier thérian ou otherkin venu, on trouvera un cerveau de base. Un cerveau de base avec des capacités et un fonctionnement différents, cela va de soi. Mais, en ouvrant un crâne, on trouvera toujours cette gelée rosâtre et dégoûtante qui, je vous le rappelle, nous permet de nous trouver ici, sur le net.

Bref. Qu’est-ce que ça fait ?
Je vais m’avancer dans une forêt vierge avec mon propre regard et mon propre ressenti.

Pour moi, l’animalité, c’est une somme. C’est comme un château de cartes. C’est une carte. Plus une carte. Plus une carte. Plus une carte. Plus d’autres cartes. Qui forment un château de cartes.
Pourtant, il y a plusieurs façon de faire un château de cartes. Tout comme il y a plusieurs manières de vivre son animalité.

La nature des cartes varie selon les individus, je pense. Un caractère. Un souvenir. Des envies particulières. Des tendances spéciales. Des membres fantômes ressentis. Chacun de ces termes peut représenter une carte, et donc un des piliers du château. C’est complexe, un esprit. C’est complexe aussi, l’animalité… c’est complexe, un château. Il y a beaucoup de piliers. Il faut faire les fondations, les piliers, les tours, les parapets, le donjon…

Comment expliquer ? Comment décrire ? Autrement que par cette idée de château qui nous fait voir la vie autrement ?

Pour moi, c’est ce qui nous donne une manière de voir, et d’appréhender le monde d’une manière particulière. Quelque chose qui nous fait nous sentir autre chose que ce que nous devrions être. Un Homo Sapiens normal pense rarement au plaisir jouissif qu’on a à se mordiller, à mordiller, griffer, observer… de Vivre comme ça, en somme. L’Homo Sapiens lambda peine à penser qu’il est possible de penser autrement qu’avec des mots… et pourtant…

Être animal, à mes yeux, ça n’est pas bomber le torse en grognant : “Rawr, je suis un loup/ours/requin/aigle/fox à poils durs, tu as vu ma particularité ?”. Un thérian, en général, ça ferme son bec. Surtout quand ça a réalisé à quel point ses idéaux sont en décalage par rapport à la société…

Il m’est avis que ce qui nous pousse à nous identifier à une bestiole, qu’elle soit poilue, écaillée, emplumée, qu’elle vive dans l’eau, sur terre ou dans les airs, c’est bien la superposition de traits. C’est pour ça que toi, jeune Internaute, tu pourras, si tu n’es pas thérian, te trouver des points communs avec des amis à toi qui le sont. Et vice et versa. Si tu te considères comme thérian, tu peux te trouver des caractères en commun ( Caractères que tu attribues comme étant un des piliers de ton château-animalité compris ) avec des gens qui ne se sentent absolument pas animaux.
C’est une alchimie, pour moi. Un formidable procédé psychologique. Comme en cours de chimie, où quand tu mélanges différentes substances, tu obtiens une solution avec des jolis précipités de toutes les couleurs… là, c’est pareil. Les éléments à part n’ont rien de particulier, mais quand ces éléments de ton Toi se tissent et se mélangent, ça forme ce Toi avec ce côté franchement bestiole.

Ni plus ni moins que ça, j’ai envie de dire.

C’est mon point de vue. Mon ressenti. Mon regard sur la thérianthropie. Je peux vous parler de ce qu’est pour moi la thérianthropie, mais de l’autre côté, je reste incapable de vous dire Pourquoi. Je suis dans l’incapacité totale de vous dire ce qui est à l’origine de cette étrange alchimie. Je ne sais pas ce qui fait que les cartes tiennent ensemble pour faire le château…

Et même si j’aimerais le savoir, honnêtement, ça ne fait dans l’immédiat pas avancer la chose…

"Réel ou pas?"

"Réel ou pas?"

Par Akhila
J’ai écrit ça sur un blog en réponse à l’idée que la thérianthropie et les identités otherkin puissent n’être que le produit d’une société occidentale, argument qui était aussi utilisé dans le débat pour sous-entendre que ces expériences n’étaient ni légitimes ni même réelles.
D’ordinaire j’ignore ce genre de discussions parce que je pense que je n’ai pas à me justifier auprès de qui que ce soit. Au bout du compte c’est mon affaire si je m’identifie en tant qu’animal, et je ne tolère pas dans mon entourage ceux qui s’imaginent que c’est une pratique acceptable que de fliquer les gens sur leur concept de soi. Cette fois cependant j’aimerais démystifier une idée reçue à propos de la constitution/construction des identités, parce que les argumentations pseudo-scientifiques que certains tentent d’utiliser pour discréditer la thérianthropie ne tiennent pas debout.
On ne peut pas juste prendre le concept de construction sociale pour en faire n’importe quoi; enfin je veux dire que certains essayent bien, mais ce n’est pas comme ça que ça marche. Si l’on examine l’idée que le contexte socio-historique puisse influencer la façon dont les individus se pensent/construisent, il y a tout un tas de sources littéraires à ce sujet. Concernant les auteurs qui écrivent plus spécifiquement à propos des phénomènes mentaux qui seraient plus répandus dans les sociétés occidentales, de tête je peux déjà citer Ian Hacking au sujet de la personnalité multiple/trouble dissociatif de l’identité, et Alain Ehrenberg à propos de la dépression clinique et des névroses en général; ce qui ne veut pas dire non plus que la maladie mentale est une chose entièrement construite socialement, mais en lisant ces auteurs on peut avoir un aperçu de la manière dont un contexte socio-historique puisse aussi mener à ce qui nous apparaît alors comme une augmentation de la population affectée par ces troubles.
Dans la même veine, on a de plus en plus suggéré le fait que les avancées techniques et la visibilité dans les médias du 20e siècle ont permis de rendre les parcours de vie trans “possible” et “accessibles” aux yeux des personnes qui se questionnaient sur leur genre. Pour faire simple, quand les gens savent que quelque chose existe, il y a plus de chance qu’ils comprennent ce qui leur arrive au travers de ce prisme là, et qu’ils utilisent ces termes ou concepts là pour se décrire.
Maintenant, la possibilité qu’au fond on puisse être un autre animal, ou avoir l’âme d’un animal, n’est pas une croyance récente au regard de l’histoire de l’humanité; mais je n’ai pas envie d’argumenter là-dessus parce que je ne crois pas qu’il faille nécessairement qu’une chose ait existé par le passé pour qu’elle soit légitime dans les temps modernes. Je peux considérer la thérianthropie en tant que telle, un phénomène récent dont la sous-culture trouve ses fondements au début des années 90 (et pour les otherkin, qui remonte même aux années 70 avec les Silver Elves). Il y a très peu d’études qui se sont intéressées à ces population et il semblerait que ça ait surtout été des sondages en ligne, et donc il y a dès le départ certains biais comme par exemple qui peut simplement répondre à ces sondages (c’est à dire, principalement des personnes anglophones qui ont accès à Internet).
Maintenant que ceci a été dit et si l’on met de côté ce biais, est-ce que la thérianthropie/les otherkin semblent plus typiques de sociétés occidentales? Eh bien cela pourrait bien être le cas oui. Mais est-ce que cela signifie alors que les identités otherkin et thérianes relèvent du délire, sont “simulées”, et qu’elles peuvent être “démontées” d’une manière ou l’autre?
Ce serait comme dire que les personnes trans ou les individus qui souffrent de dépression font du cinéma – non pas que je pense que les transidentités soient une maladie mentale, ce n’est pas le cas, et je suis moi-même trans. Je ne suis pas neurotypique non plus. On sait que ces populations ne cherchent pas à “faire les intéressants” ni à “se conforter” dans leur situation et leurs bizarreries. Peut être qu’il y a une réelle augmentation de telle ou telle population; peut être que cette population est simplement plus visible ou que certains troubles sont mieux diagnostiqués. Peut être que c’est la faute des sociétés occidentales qui mettent l’individu au centre des préoccupations, et que plus de gens qu’auparavant ont le temps et les ressources de réfléchir sur eux-mêmes.
Malgré tout, ces personnes qui ont des identités atypiques, ou qui souffrent de certains troubles, ont des expériences valides et légitimes. Elles “n’inventent” pas ce qu’elles sont ou ce qu’elles ressentent. Peut être qu’elles sont en partie ou totalement le produit de leur époque, mais quand bien même, leurs expériences sont réelles. Des gens vont voir le psy ou doivent prendre de médicaments, ou ont besoin d’opérations chirurgicales et ainsi de suite, à cause de phénomènes bien réels qui affectent leur vie (par exemple, le sentiment de dysphorie de genre pour une partie de la population trans). De nombreux thérianthropes ressentent des membres fantômes surnuméraires, qui est un phénomène déjà répertorié par la communauté scientifique. Il ne s’agit pas de prendre ses désirs pour des réalités, même si bien sûr il pourrait aussi y avoir quelques personnes qui délirent parmi tout ceux qui se déclarent thérianthropes.
Et je ne vais pas débattre de si ces sensations non-humaines sont “identiques à celles vraiment vécues par l’animal en question”. Déjà, on n’a même pas la même biologie, et je ne crois pas que qui que ce soit de raisonnable ait nié le fait qu’ils possèdent un corps humain. Mais comme Quil a pu l’expliquer dans l’un de ses textes, dire que l’on est tel animal est juste la manière la plus simple, la meilleure approximation pour expliquer ce que nous ressentons; le fait que nos comportements et nos schémas de pensée et ainsi de suite ressemblent à ce que nous – oui, nous en tant que personnes qui vivent dans des corps humains et une société humaine – nous pensons que ces animaux sont. On ne peut pas vraiment savoir, exactement, ce que c’est que d’être un animal qui n’ait pas un corps humain, comme on n’en a pas l’expérience pratique. Malgré tout, même si l’on ne peux pas dire si l’expérience de loup d’un être humain est exactement la même que celle d’un loup non-humain, on ne peut pas ignorer toutes les manières desquelles nous sommes différents des “humains qui s’identifient à des humains”.
En dernier lieu, on ne sait pas encore ce qui cause la thérianthropie, mais étant donné la forte proportion dans la communauté thériane/otherkin d’individus trans, ou qui se trouvent dans le spectre autistique ou présentent d’autres particularités neuro-atypiques, il y a sans doutes bien plus que des schémas culturels à l’oeuvre au sein de cette population. Mais ceci mis à part, je voudrais juste que les gens se souviennent que les constructions sociales n’ont pas moins d’effets et ne sont pas moins réelles que ce que l’on considère comme des caractéristiques innées; et comme la science a commencé à le découvrir depuis plusieurs dizaines d’années, il n’y a pas de distinction si propre, claire et nette que ça entre l’inné et l’acquis, pour commencer.

“Réel ou pas?”

"Réel ou pas?"

Par Akhila

J’ai écrit ça sur un blog en réponse à l’idée que la thérianthropie et les identités otherkin puissent n’être que le produit d’une société occidentale, argument qui était aussi utilisé dans le débat pour sous-entendre que ces expériences n’étaient ni légitimes ni même réelles.

D’ordinaire j’ignore ce genre de discussions parce que je pense que je n’ai pas à me justifier auprès de qui que ce soit. Au bout du compte c’est mon affaire si je m’identifie en tant qu’animal, et je ne tolère pas dans mon entourage ceux qui s’imaginent que c’est une pratique acceptable que de fliquer les gens sur leur concept de soi. Cette fois cependant j’aimerais démystifier une idée reçue à propos de la constitution/construction des identités, parce que les argumentations pseudo-scientifiques que certains tentent d’utiliser pour discréditer la thérianthropie ne tiennent pas debout.

On ne peut pas juste prendre le concept de construction sociale pour en faire n’importe quoi; enfin je veux dire que certains essayent bien, mais ce n’est pas comme ça que ça marche. Si l’on examine l’idée que le contexte socio-historique puisse influencer la façon dont les individus se pensent/construisent, il y a tout un tas de sources littéraires à ce sujet. Concernant les auteurs qui écrivent plus spécifiquement à propos des phénomènes mentaux qui seraient plus répandus dans les sociétés occidentales, de tête je peux déjà citer Ian Hacking au sujet de la personnalité multiple/trouble dissociatif de l’identité, et Alain Ehrenberg à propos de la dépression clinique et des névroses en général; ce qui ne veut pas dire non plus que la maladie mentale est une chose entièrement construite socialement, mais en lisant ces auteurs on peut avoir un aperçu de la manière dont un contexte socio-historique puisse aussi mener à ce qui nous apparaît alors comme une augmentation de la population affectée par ces troubles.

Dans la même veine, on a de plus en plus suggéré le fait que les avancées techniques et la visibilité dans les médias du 20e siècle ont permis de rendre les parcours de vie trans* “possible” et “accessibles” aux yeux des personnes qui se questionnaient sur leur genre. Pour faire simple, quand les gens savent que quelque chose existe, il y a plus de chance qu’ils comprennent ce qui leur arrive au travers de ce prisme là, et qu’ils utilisent ces termes ou concepts là pour se décrire.

Maintenant, la possibilité qu’au fond on puisse être un autre animal, ou avoir l’âme d’un animal, n’est pas une croyance récente au regard de l’histoire de l’humanité; mais je n’ai pas envie d’argumenter là-dessus parce que je ne crois pas qu’il faille nécessairement qu’une chose ait existé par le passé pour qu’elle soit légitime dans les temps modernes. Je peux considérer la thérianthropie en tant que telle, un phénomène récent dont la sous-culture trouve ses fondements au début des années 90 (et pour les otherkin, qui remonte même aux années 70 avec les Silver Elves). Il y a très peu d’études qui se sont intéressées à ces population et il semblerait que ça ait surtout été des sondages en ligne, et donc il y a dès le départ certains biais comme par exemple qui peut simplement répondre à ces sondages (c’est à dire, principalement des personnes anglophones qui ont accès à Internet).

Maintenant que ceci a été dit et si l’on met de côté ce biais, est-ce que la thérianthropie/les otherkin semblent plus typiques de sociétés occidentales? Eh bien cela pourrait bien être le cas oui. Mais est-ce que cela signifie alors que les identités otherkin et thérianes relèvent du délire, sont “simulées”, et qu’elles peuvent être “démontées” d’une manière ou l’autre?

Ce serait comme dire que les personnes trans* ou les individus qui souffrent de dépression font du cinéma – non pas que je pense que les transidentités soient une maladie mentale, ce n’est pas le cas, et je suis moi-même trans*. Je ne suis pas neurotypique non plus. On sait que ces populations ne cherchent pas à “faire les intéressants” ni à “se conforter” dans leur situation et leurs bizarreries. Peut être qu’il y a une réelle augmentation de telle ou telle population; peut être que cette population est simplement plus visible ou que certains troubles sont mieux diagnostiqués. Peut être que c’est la faute des sociétés occidentales qui mettent l’individu au centre des préoccupations, et que plus de gens qu’auparavant ont le temps et les ressources de réfléchir sur eux-mêmes.

Malgré tout, ces personnes qui ont des identités atypiques, ou qui souffrent de certains troubles, ont des expériences valides et légitimes. Elles “n’inventent” pas ce qu’elles sont ou ce qu’elles ressentent. Peut être qu’elles sont en partie ou totalement le produit de leur époque, mais quand bien même, leurs expériences sont réelles. Des gens vont voir le psy ou doivent prendre de médicaments, ou ont besoin d’opérations chirurgicales et ainsi de suite, à cause de phénomènes bien réels qui affectent leur vie (par exemple, le sentiment de dysphorie de genre pour une partie de la population trans*). De nombreux thérianthropes ressentent des membres fantômes surnuméraires, qui est un phénomène déjà répertorié par la communauté scientifique. Il ne s’agit pas de prendre ses désirs pour des réalités, même si bien sûr il pourrait aussi y avoir quelques personnes qui délirent parmi tout ceux qui se déclarent thérianthropes.

Et je ne vais pas débattre de si ces sensations non-humaines sont “identiques à celles vraiment vécues par l’animal en question”. Déjà, on n’a même pas la même biologie, et je ne crois pas que qui que ce soit de raisonnable ait nié le fait qu’ils possèdent un corps humain. Mais comme Quil a pu l’expliquer dans l’un de ses textes, dire que l’on est tel animal est juste la manière la plus simple, la meilleure approximation pour expliquer ce que nous ressentons; le fait que nos comportements et nos schémas de pensée et ainsi de suite ressemblent à ce que nous – oui, nous en tant que personnes qui vivent dans des corps humains et une société humaine – nous pensons que ces animaux sont. On ne peut pas vraiment savoir, exactement, ce que c’est que d’être un animal qui n’ait pas un corps humain, comme on n’en a pas l’expérience pratique. Malgré tout, même si l’on ne peux pas dire si l’expérience de loup d’un être humain est exactement la même que celle d’un loup non-humain, on ne peut pas ignorer toutes les manières desquelles nous sommes différents des “humains qui s’identifient à des humains”.

En dernier lieu, on ne sait pas encore ce qui cause la thérianthropie, mais étant donné la forte proportion dans la communauté thériane/otherkin d’individus trans*, ou qui se trouvent dans le spectre autistique ou présentent d’autres particularités neuro-atypiques, il y a sans doutes bien plus que des schémas culturels à l’oeuvre au sein de cette population. Mais ceci mis à part, je voudrais juste que les gens se souviennent que les constructions sociales n’ont pas moins d’effets et ne sont pas moins réelles que ce que l’on considère comme des caractéristiques innées; et comme la science a commencé à le découvrir depuis plusieurs dizaines d’années, il n’y a pas de distinction si propre, claire et nette que ça entre l’inné et l’acquis, pour commencer.

Dysphorie

Dysphorie

Par ninmenjuushin

par exemple, voila ce qu’est la dysphorie. c’est ça que les gens ne comprennent pas. la plupart voient un super déguisement et se disent “oh waouh super le costume” ou “oh waouh je le veux pour telle convention” ou “oh waouh j’adorerais être pris en photo là-dedans”.

moi, je me sens malade et terrible physiquement parce que mon corps a besoin d’être comme ça. il faut que mes mains soient des serres. que mes cheveux soient des plumes. et je veux que ça soit réaliste. je veux que les gens puissent me regarder et se dire “waouh, une personne-oiseau”; pas “waouh, quelqu’un dans un costume”.

et quand je vois un costume comme ça, je passe des heures ou même des jours entiers à chercher encore et encore pour essayer de trouver quelqu’un qui accepte les commandes, qui soit véritablement capable de faire un beau boulot bien réaliste de ce genre, et ensuite je dois affronter le fait que même si je pouvais me faire fabriquer un truc de ce genre, je me débattrais pour respirer ou me sentir à l’aise là-dedans à cause de stupides problèmes sensoriels et le risque de l’abimer ou de le salir me rendrait parano

mais c’est de cette manière que je VEUX QUE LES GENS ME VOIENT. 24 heures sur 24. et ça me tue que ça ne soit pas le cas, ça me tue que je ne puisse pas regarder mes propres putain de pieds et voir quelque chose qui soit comme il faudrait, ça me tue que je ne puisse pas regarder dans un miroir et voir mes yeux d’oiseau, sans même parler de problèmes du genre “mon corps ne bouge pas comme il faut” et les problèmes sociaux et

mince, je vous emmerde tous, C’EST UNE PUTAIN DE MALADIE pour moi, ça affecte ma qualité de vie de façon négative, je m’en fout si ça semble stupide à en mourir pour vous ou si vous “avez arrêté de vouloir être un animal quand vous aviez 5 ans”, et je n’en ai rien à foutre parce que, que ça semble idiot ou pas, C’EST CE DONT J’AI BESOIN. et non, je ne sais pas quelle mutation de mon cerveau, ou problème lorsque j’ai grandi, ou trouble freudien du genre “papa ne m’aimait pas” a fait de moi ce que je suis, mais c’est ce que je suis à présent et je n’ai jamais pu y mettre un terme.

et si vous vous dites que ce n’est pas un truc sérieux et que ça n’existe pas, alors disparaissez gentiment de cette planète parce que j’en ai ma claque. j’en ai marre à 5000% des pseudo-psy du dimanche qui me disent que ce truc n’est pas réel alors même que les vrais psy professionnels me disent que ça l’est.

Une clarification

Une clarification

Par Aethyriek

Je m’identifie en tant que chauve-souris, mais être humain en fait partie intégrante (pour moi, pas forcément pour tous les otherkin). Pour moi il n’y a pas de dimension religieuse ou même vraiment spirituelle à cela. Certains aspects sont une métaphore, certains ne le sont pas, mais ce n’est pas spirituel.

Etre une chauve-souris comprend des intersections entre (pour faire simple) la fonction, la forme, et la symbolique.

La fonction c’est l’aspect comportemental non romantique. Mes façons de penser, mon sentiment d’appartenance, ce qui m’est confortable, mes comportements en eux-même, qui se recoupent avec ou ressemblent à la chauve-souris.

La forme c’est le corps. La dysphorie, et les sensations d’une structure corporelle qui n’existe pas, le réconfort qu’apporte certains mouvements, etc.

La symbolique c’est la compréhension métaphorique et conceptuelle de “chauve-souris”, qui entre en intersection avec le concept de “chez soi” et d’appartenance, inclue les interprétations personnelles et mythologiques de la chauve-souris, parce que je suis à l’intersection de l’humain et de l’animal, et qu’en tant qu’humain comprendre certaines de mes expériences au travers des mythes fait sens, sans être spirituel.

Les trois rejoignent “s’identifier en tant que” (et non pas “s’identifier avec”), où je me sens moins étranger quand j’interagis avec cette espèce, ou quand je lis des choses sur cette espèce, que je ne me sens parfois avec des personnes humaines. (Pas absolument toutes les chauve-souris bien sûr, puisque c’est un ordre animal et pas une espèce particulière, mais j’essaye de simplifier tout ça.) Tout cela mène à un concept de soi, pas de manière forcée mais en tant que ma manière d’être naturelle, celui d’une femme qui se sent dans son élément, plus honnête, plus naturelle en étant quelque chose à la frontière entre femme et chauve-souris.

Au bout du compte, j’ai toujours dit qu’on peut regarder le concept d’otherkin ou d’être chauve-souris comme une étiquette pour un ensemble d’expériences, et c’est le cas. Je vois être une artiste et être une femme comme des étiquettes pour un ensemble d’expériences de manière similaire, comme des descripteurs de certains traits. Cependant, me décrire en tant que peintre ou femme sont des choses qui font sens pour tous. Quand je dit ces choses, elles ont du poids. Quand je dit que je suis une chauve-souris, cela devrait avoir du poids. C’est un mot qui renvoie à des expériences et un état profonds et lourds de sens, un autre part de moi qui tend (pour le moment) à être masquée et que je n’ai l’occasion de pouvoir exprimer que de manière limité.

Oui, à la base ça peut paraître idiot, des gens qui disent être des fées ou des chauve-souris ou autre. L’idée d’un terme comme “otherkin” est que l’on puisse trouver d’autres avec qui laisser tomber nos masques, ou si l’on ne porte pas de masque en premier lieu, avec qui l’on puisse vraiment partager. J’espère un jour que plus de gens prendront conscience de toutes les nuances subtiles de ce que signifie vraiment “être otherkin”, parce que le concept paraît réellement moins stupide, je trouve, une fois que les personnes comprennent vraiment ce qui se cache derrière tout ça quand nous déclarons que nous sommes “autre-qu’humains”, et pourquoi cela signifie tellement pour nous.