Cerf Coyote

Cerf Coyote

Par Liesk

Gardez à l’esprit que ceci est un témoignage que j’écris provisoirement en attendant de pouvoir l’ordonner de manière complète et cohérente.

Je crois que la thérianthropie, dans sa forme la plus basique, est une question d’identification à un animal au point où l’on sent que l’on est soi-même l’animal. De la même manière que la plupart des gens s’identifient en tant “qu’humain”, un thérianthrope s’identifiera en tant “qu’animal” ou “animal-humain”. Cette question de “est” ou “n’est pas” est orientée par les comportements, les modes de pensée, les traits de caractères et réponses émotionnelles tout à la fois. Cependant, avant que l’on puisse substantiellement affirmer que nous possédons cette identité, il semble que nous devions nous considérer nous-mêmes dans notre ensemble pour discerner si une telle chose est véritable et durable, ou simplement une idée loufoque.

J’ai essayé plusieurs méthodes sans succès par le passé. Je les aient rejetées l’une après l’autre, et j’ai réarrangé mes idées pour qu’elles s’adaptent à une compréhension de moi-même et du monde qui m’entoure grandissante.

La question de l’espèce a toujours été importante dans ma vie. Humain, pas humain, canin, cervin, quelque chose d’autre? Tout m’est passé par la tête. Combien de ce qui importe faut-il prendre en compte?

Etre canin était vraiment, terriblement évident. (Je n’aime pas ça.) Pourtant j’ai commis une erreur en m’aveuglant de l’illusion que si j’étais canin, je devais être un loup.

Et ensuite je me suis dit, peut être pas.

Mais j’y viendrai plus tard.

Je pense que ma thérianthropie est de nature psychologique. Je ne crois pas nécessairement aux âmes, et donc je ne base pas ma thérianthropie sur le fait de posséder l’âme d’un animal. Mon expérience thérianthrope est une combinaison de dispositions psychologiques et d’identité animales. Je suis mon cerveau, et mon cerveau fonctionne psychologiquement en tant qu’animal-humain.

Le fait que je sois canin s’exprime de manière complexe au travers de divers comportements et modes de pensée. Il y a moi, qui s’avère être un genre de canidé, et qui fait quelque chose qu’un membre de la famille des chiens ferait. C’est peut être stéréotypé d’insinuer que je puisse avoir une compréhension innée du monde canin, mais il y a quelque chose qui colle entre mes expressions comportementales et celles de la famille des canidés.

Il faut cependant prendre en compte que certaines de ces expressions ne sont partagées qu’entre quelques espèces seulement, plutôt que par l’ensemble de la famille canidae.

Par exemple, le comportement d’un loup ne correspond pas au mien. C’est l’un des nombreux facteurs de doute qui m’ont poussé à décider que le loup n’était peut être pas mon espèce après tout. A la place, les coyotes (mais pas certaines sous-espèces qui se sont adaptés à la niche écologique du loup) partagent mes comportements sociaux.

Les meutes structurées de manière formelle semblent être un concept romantique, mais pas le mien. Oui, il y a des personnes auxquelles je suis lié. Non, cela ne s’exprime pas par un pacte strict avec eux. Je constitue des groupes qui sont modifiables et propices aux réaménagements.

Mon expression corporelle, en particulier quand elle peut s’épanouir librement, tend à se différencier de la même manière qu’un canidé le ferait. Il y a une certaine marge de difficulté entre exprimer ce que je souhaite et me faire comprendre de l’autre, mais elle est amoindrie lorsque je suis entouré de personnes qui sont familières de Canis lupus familiaris. On peut remarquer que la ligne entre le fait que ce soit conscient ou subconscient est floue, mais la communication reste de la communication. Ces traits d’expression corporelle ont toujours été présents, d’aussi loin que je me souvienne avant même que je ne sois exposé plus largement aux chiens, et je n’ai remarqué leur similitude qu’après avoir eu un chien en tant qu’animal de compagnie seulement. Ma mémoire n’est pas infaillible bien sûr, mais je suis sûr du degré d’exposition.

Cela ne veut pas dire qu’il n’y a eu aucune influence, et rétrospectivement il semblerait que mes fonctions psychologiques ont été influencées par les loups et, à ma grande surprise lorsque je m’en suis rendu compte, les coyotes.

Le Loup est un animal-totem pour moi, important de surcroit – si ce n’est le plus important de tous. Consciemment, le Loup était l’incarnation d’un mentor. Inconsciemment, il a eu des répercutions sur l’ensemble de mon cheminement et évoluait même avant mon existence. C’est sans surprise donc que j’ai pu confondre ma propre identité avec une autre qui a eu tant d’influence sur ma vie.

Le loup est similaire au coyote en termes d’évolution. Le loup a défini le parcours d’évolution du cerf peut être plus que toute autre influence ne l’a fait. Le loup s’associait aux humains pour créer une relation qui a vu défiler les ères sous sa forme sociale.

Tout cela pour dire, je pense être un coyote, un cerf, et un humain.

Avant de me lancer sur le fait d’être un cerf, je vais développer ma conclusion sur le fait d’être un coyote et pas un autre canidé.

Coyote est une petite énigme – je connaissais les coyotes avant les loups; j’entendais leurs hurlements avant même d’avoir conscience de la notion du temps. Cela remonte à ma première année de vie et m’a influencé à partir de là. Et pourtant, ils se sont définis comme quelque chose à ignorer, pendant que j’ai concentré mon attention sur leur noble frère le loup. Je ne sais pas trop pourquoi, si ce n’est que les loups me tenaient fermement dans leurs griffes totémiques.

Mais les coyotes révèlent ce qui a toujours été faux avec les loups. De la forme plus menue aux distinctions comportementales, il y a plus de coyote en moi que de loup ou un quelconque autre canidé.

Laissons nous aller à la cladothérianthropie un instant. Brouillons les barrières entre espèces, d’accord? Les espèces évoluent. “Espèce” est une abstraction. Les coyotes en général et les canidés sont particulièrement proches en tant qu’espèces. Mais je me sens être canidé, et je vois que cela peut être résumé à être “coyote”, alors que je ne peux pas le résumer à “loup” ou n’importe quelle autre espèce canine.

J’ai une inquiétude, et c’est le fait d’être jeune. J’ai toujours cette question à l’esprit, “que se passera-t-il si je ne ressens pas la même chose dans plusieurs années?”. Je pense que tous les jeunes thérians – tous les thérians en fait, mais les jeunes en particulier – devraient se poser la question. C’est l’une des plus importantes, même si on l’ignore souvent.

Je crois dur comme fer qu’il est possible que l’on s’identifie à un animal depuis un jeune âge et de toujours se sentir ainsi en grandissant. Cependant, ça ne veut pas dire qu’on doit ignorer cette question.

Honnêtement, c’est mon plus gros soucis concernant l’annonce du fait d’être un coyote.

Est-ce sauter un si grand pas, en allant de “canidé – loup” à “coyote”? Je suppose que ça l’est dans ma tête, ayant assimilé canidé et loup entre eux, pour que les divorcer se montre être une tâche aussi ardue. C’est pour cela que je suis si hésitant à embrasser la spécificité à nouveau alors que je m’étais réfugié à l’abri de la généralité du terme “canin”, et cela suggère que je n’ai pas encore fini d’entériner la question. Suis-je encore en train de confirmer la chose? C’en est une, de question.

Je pense que cela serait en ma faveur de dire que j’accepte qu’il est possible que je me rende compte d’ici quelques années que j’étais dans l’erreur. Ce n’est pas ce que je crois – si je croyais être dans l’erreur, je ne serai pas en train d’annoncer cette conclusion – mais si je pense l’être un jour, je l’accepterai en tant que leçon.

Peut être que ces affirmations timides peuvent être pondérées par le reste de ma personne. Si je crois que je me sentirai encore être coyote dans le futur, alors je suis proche de la certitude concernant le fait que je me sentirai toujours être un cerf des marais.

Alors que le coyote est général, et floutté par d’autres canidés, le cerf des marais est spécifique. Je pense que l’on peut résumer cela à une question d’évolution: il y a une séparation bien plus claire entre Blastocerus dichotimus, tout seul dans son propre genre [Blastocerus], et les autres cerfs, qu’il n’y a de distinctions entre Canis latrans et un paquet d’autres canidés. A cause de cela, je suis plus capable de déterminer les spécificités d’être du cerf des marais que les spécificités propres à être coyote.

Ca ne veut pas dire que je n’ai eu aucune difficulté à réduire la liste des possibilités à une seule espèce de cerf. Mais ce que je peux dire c’est qu’une fois que j’ai remarqué la similarité frappante entre le cerf des marais et moi, c’était un point de non-retour. J’aime tous les cervidés, en général, mais avec la plupart il y a un je-ne-sais-quoi qui ne va pas, des fragments erronés et un sentiment global de légère étrangeté. Lorsqu’il s’agit du cerf des marais, tous les fragments correspondent, et il devient entièrement familier.

Les faons ne devraient pas avoir de tâches, je le sens, et les bois ne devraient pas muer tous à la fois. Les ergots devraient toucher le sol. Il devrait y avoir une légère palmure entre les sabots – je pense que ça n’a aucun lien, mais j’ai eu une fascination particulière pour les doigts palmés quand j’étais plus jeune – et les sabots eux-mêmes devraient être plus larges que chez la plupart des espèces. La démarche devrait être bondissante pour permettre la fuite. Il y a plusieurs trucs que le cerf des marais possède qui me semblent “justes”, alors que les autres cerfs l’ont tout de travers.

Etre cervin par nature peut ou peut ne pas influencer certains comportements, bien que dans ce cas ils puissent paraître négatifs. Les stratégies d’évitement social et la paranoïa, pour ne citer qu’eux, mais il ne s’agit pas de problèmes provoqués par la thérianthropie car elle ne m’en a causé aucun. Je me demande simplement si ma psychologie non-humaine pourrait être à l’origine des schémas mentaux qui mènent à ces choses.

En lien avec ma conception psychologique de la thérianthropie, le cerf en moi présente un peu une énigme. D’où vient le cerf? Enfilons nos rétromirettes un instant. Je dirais qu’il y a toujours eu quelque chose qui s’agitait dans mon subconscient à chaque fois que je considérais les cervidés, mais ce n’était pas une présence quotidienne suffisante pour que je puisse réellement réfléchir à ma relation à eux. Je dirais que c’est quelque chose qui a été là depuis aussi longtemps que je me suis senti canin, mais que la sensation n’a été mise en évidence que récemment.

Dans quelle mesure, pourrait-on se demander, le coyote, le cerf et l’humain intéragissent-ils entre eux? A tous les niveaux, car il n’y a aucune distinction fondamentale en moi entre les trois. Ma mentalité est une seule psyché fonctionnelle où les trois ne font qu’un, je m’identifie en tant que coyotecerfhumain, et je m’identifie aux humains, aux coyotes et aux cerfs.

Une chose que les gens sont prompts à signaler est la relation proie-prédateur, et maintenant j’y accorde plus de réflexion que je ne le faisait. En guise d’explication, je suis juste moi; je ne me chasse pas moi-même juste parce que je m’identifie à un animal prédateur et à un animal proie.

Je dirais cependant que ma situation est légèrement différente de quelqu’un dont l’animal est prédateur dans un cas et proie dans un autre. Etant donné que je me conçois comme à la fois coyote et cerf, je peux m’identifier avec les animaux qui sont “purement prédateurs” et ceux qui sont “proie seulement”. Cela ne provoque pas de conflit, juste une incertitude concernant le camp que je dois rallier!

La distinction prédateur-proie est une dimension moindre comparé à l’expression comportementale et sociale du tout, je pense. Chacune de mes espèces est exprimée en moi; je dirais presque complémentaires, mais il est plus probables qu’elles sont l’une l’autre – parce que, je pense que c’est le cas. Je ne suis pas une vraie dichotomie. J’en ai juste l’air.

Lorsque l'on est éteint

Lorsque l'on est éteint

Par Paleo
Etre une espèce éteinte est… un défi. Frustrant. Parfois déchirant à pleins de niveaux.
Honnêtement, j’aurais souhaité ne pas être un fossile sur pattes. Bien souvent je préfèrerais être un loup gris lambda pour la simple raison qu’ils existent toujours. J’ai eu l’opportunité de les voir, les entendre, les toucher, les sentir, et – à cause d’un accueil trop enthousiaste – les goûter. Le comportement animal est ma grande passion, et cela m’agace… non, ça me *blesse* que je ne puisse pas *connaître* la bête tapie dans mon âme. Pas avec une certitude objective, en tous cas. Je ne verrai jamais sa démarche, je n’entendrai jamais ses hurlements, je ne documenterai jamais ses interactions avec ses pairs, ses proies et ses ennemis.
Tout ce que j’ai ce sont des ossements et des “souvenirs”. Des pensées, des sensations, un savoir qui semble provenir de mon esprit, mes tripes et mon âme tout à la fois.
Les os me donnent quelques indices, et pas des moindres. Couplés à la connaissance des tendances générales des espèces canines d’aujourd’hui, ils dressent une esquisse, suffisamment pour se familiariser avec la bête. Rien qu’à voir ces dents, ces pattes trapues, cette énorme crête sagittale… ce fut assez pour mettre fin à sept années de confusion et de questionnements.
Les souvenirs, eh bien, c’est plus délicat. Et puis zut, je ne sais même pas si “souvenir” est le terme correct pour ces pensées et sensations, mais jusqu’à preuve du contraire cela fera l’affaire. La mentalité de Canis Dirus ne fonctionne pas comme celle d’un humain, ne se concentre pas sur les mêmes choses. C’est difficile de traduire de l’une à l’autre. Et bien sûr, je dois toujours me méfier de la propension humaine au souhait, à l’illusion et au malentendu.
Mais que puis-je faire d’autre? Canis dirus et son monde ont disparus. Pour toujours. Il me faut faire plus que hurler avec nostalgie à propos de ces vieux os si je veux me connaître moi-même. Si je veux comprendre pourquoi diable une fraction de canis dirus vit toujours en moi.
D’où les souvenirs. Mais ces souvenirs ne sont pas concrets. Ce sont souvent des sensations sur “la manière dont les choses devraient être”. Une espèce de reconnaissance de schémas. Une façon de savoir. Je ne peux pas l’expliquer. Ils sont, simplement.
J’ai été conduite à canis dirus au travers de ces souvenirs. J’ai appris comment “poser des questions” à la bête dans mon âme, comme “Que ferais-tu si ta proie grimpait à un arbre?” (Réponse: regarder bêtement en haut de l’arbre et au bout d’un moment finir par partir). En observant les choses de la vie et en regardant des documentaires animaliers, je pouvais sentir les choses qui étaient plus “justes” que d’autres. Certains paysages, certains types de proie.
Par exemple, j’ai comme un genre de liste interne concernant la proie potentielle:
Les animaux massifs mais lents sont en haut de la liste (le buffle, le bison, le boeuf musqué, même le rhinocéros et l’éléphant valent le coup d’oeil pour chercher des faiblesses et blessures, bien qu’il soit préférable de les suivre et d’attendre qu’ils meurent par eux-mêmes).
Les grands animaux un peu plus rapides comme le cerf et le caribou valent le coup mais j’ai le “sentiment” d’avoir peu d’espoir de les attraper.
Les rongeurs et les oiseaux valent rarement le coup, mais la chance sourit parfois. Les oiseaux qui passent du temps au sol comme les dindes ou ceux qui sont lent au décollage comme les vautours valent méritent sans doute qu’on s’y essaie.
Les reptiles n’apparaissent jamais dans ma liste.
Les cochons et sangliers si.
Les poissons non, à part pour le saumon qui semble lui être très important. Peut être que canis dirus récupérait les restes des ours et les poissons pris au piège lorsqu’ils remontent les rivières.
J’aurais aimé avoir des souvenirs précis et détaillés des choses, mais ce n’est pas le cas. Je sais juste “ce qui devrait être”. L’environnement devait être similaire aux ceintures alpines qui traversent le nord des Etats-Unis, de l’Asie et de l’Europe. Il devait y avoir peu ou pas d’humains. Il devait y avoir des troupeaux d’animaux composites comme ceux qu’on trouve dans l’Afrique moderne.
Je devrais être un canidé, et pourtant j’ai aussi une attirance pour les proies et les techniques de chasse/récupération de charognes similaires à celles de la hyène tachetée. Contrairement à tous les canidés actuels.
Et tout ceci me mène à la même conclusion:
Mon environnement qui “devrait être” existe dans une ère révolue. Mon “devrait-être moi” est une espèce éteinte.
Et mon “prétendu” comportement est concrètement invérifiable.
Bien sûr, j’ai le sentiment que je devrais utiliser des stratégies d’embuscade et utiliser un terrain boueux, neigeux ou humide à mon avantage. Mais est-ce que canis dirus faisait réellement cela?
Je sens comme si je devais suivre les vautours pour chercher des charognes, manger des restes de saumon à la rivière, donner des coups de croc et déchirer des morceaux de grosses proies blessées en espérant les faire saigner à mort ou tomber à genoux pour que je puisse leur briser les os. Mais est-ce un portrait exact des habitudes alimentaires de canis dirus?
J’ai l’impression que ceux de ma race sont moins grégaires que le loup gris, et bien qu’il y ait souvent des crises de grognements et claquements de mâchoire, l’affirmation d’une hiérarchie est moindre et moins “politique”. Mais est-ce la vérité?
Je peux faire des hypothèses valables, mais elles ne satisfont pas mon cerveau humain, mon besoin égotique de *savoir*. Pour pouvoir dire “oui, c’est le cas” ou “non, c’est faux”.
Etre humain c’est poser et se poser des questions.
Mais être canis dirus c’est simplement être. Peut être que je devrais en tirer une leçon.
Quand bien même, que signifie “Etre” et “avoir disparu” à la fois?
D’une certaine façon, je suis la réponse même si la réponse ne cesse de se dérober à moi.
On dit que l’extinction c’est pour toujours, et pourtant pour quelque raison mon âme semble être en désaccord, au moins en partie.
Qu’est-ce que ça veut dire? J’en sais foutrement rien. Je vous le ferai savoir dès que j’aurais trouvé.
D’ici là, il me faut retourner à l’étude des ossements et au tamisage de mes souvenirs.

Lorsque l’on est éteint

Lorsque l'on est éteint

Par Paleo

Etre une espèce éteinte est… un défi. Frustrant. Parfois déchirant à pleins de niveaux.

Honnêtement, j’aurais souhaité ne pas être un fossile sur pattes. Bien souvent je préfèrerais être un loup gris lambda pour la simple raison qu’ils existent toujours. J’ai eu l’opportunité de les voir, les entendre, les toucher, les sentir, et – à cause d’un accueil trop enthousiaste – les goûter. Le comportement animal est ma grande passion, et cela m’agace… non, ça me *blesse* que je ne puisse pas *connaître* la bête tapie dans mon âme. Pas avec une certitude objective, en tous cas. Je ne verrai jamais sa démarche, je n’entendrai jamais ses hurlements, je ne documenterai jamais ses interactions avec ses pairs, ses proies et ses ennemis.

Tout ce que j’ai ce sont des ossements et des “souvenirs”. Des pensées, des sensations, un savoir qui semble provenir de mon esprit, mes tripes et mon âme tout à la fois.

Les os me donnent quelques indices, et pas des moindres. Couplés à la connaissance des tendances générales des espèces canines d’aujourd’hui, ils dressent une esquisse, suffisamment pour se familiariser avec la bête. Rien qu’à voir ces dents, ces pattes trapues, cette énorme crête sagittale… ce fut assez pour mettre fin à sept années de confusion et de questionnements.

Les souvenirs, eh bien, c’est plus délicat. Et puis zut, je ne sais même pas si “souvenir” est le terme correct pour ces pensées et sensations, mais jusqu’à preuve du contraire cela fera l’affaire. La mentalité de Canis Dirus ne fonctionne pas comme celle d’un humain, ne se concentre pas sur les mêmes choses. C’est difficile de traduire de l’une à l’autre. Et bien sûr, je dois toujours me méfier de la propension humaine au souhait, à l’illusion et au malentendu.

Mais que puis-je faire d’autre? Canis dirus et son monde ont disparus. Pour toujours. Il me faut faire plus que hurler avec nostalgie à propos de ces vieux os si je veux me connaître moi-même. Si je veux comprendre pourquoi diable une fraction de canis dirus vit toujours en moi.

D’où les souvenirs. Mais ces souvenirs ne sont pas concrets. Ce sont souvent des sensations sur “la manière dont les choses devraient être”. Une espèce de reconnaissance de schémas. Une façon de savoir. Je ne peux pas l’expliquer. Ils sont, simplement.

J’ai été conduite à canis dirus au travers de ces souvenirs. J’ai appris comment “poser des questions” à la bête dans mon âme, comme “Que ferais-tu si ta proie grimpait à un arbre?” (Réponse: regarder bêtement en haut de l’arbre et au bout d’un moment finir par partir). En observant les choses de la vie et en regardant des documentaires animaliers, je pouvais sentir les choses qui étaient plus “justes” que d’autres. Certains paysages, certains types de proie.

Par exemple, j’ai comme un genre de liste interne concernant la proie potentielle:

Les animaux massifs mais lents sont en haut de la liste (le buffle, le bison, le boeuf musqué, même le rhinocéros et l’éléphant valent le coup d’oeil pour chercher des faiblesses et blessures, bien qu’il soit préférable de les suivre et d’attendre qu’ils meurent par eux-mêmes).

Les grands animaux un peu plus rapides comme le cerf et le caribou valent le coup mais j’ai le “sentiment” d’avoir peu d’espoir de les attraper.

Les rongeurs et les oiseaux valent rarement le coup, mais la chance sourit parfois. Les oiseaux qui passent du temps au sol comme les dindes ou ceux qui sont lent au décollage comme les vautours valent méritent sans doute qu’on s’y essaie.

Les reptiles n’apparaissent jamais dans ma liste.

Les cochons et sangliers si.

Les poissons non, à part pour le saumon qui semble lui être très important. Peut être que canis dirus récupérait les restes des ours et les poissons pris au piège lorsqu’ils remontent les rivières.

J’aurais aimé avoir des souvenirs précis et détaillés des choses, mais ce n’est pas le cas. Je sais juste “ce qui devrait être”. L’environnement devait être similaire aux ceintures alpines qui traversent le nord des Etats-Unis, de l’Asie et de l’Europe. Il devait y avoir peu ou pas d’humains. Il devait y avoir des troupeaux d’animaux composites comme ceux qu’on trouve dans l’Afrique moderne.

Je devrais être un canidé, et pourtant j’ai aussi une attirance pour les proies et les techniques de chasse/récupération de charognes similaires à celles de la hyène tachetée. Contrairement à tous les canidés actuels.

Et tout ceci me mène à la même conclusion:

Mon environnement qui “devrait être” existe dans une ère révolue. Mon “devrait-être moi” est une espèce éteinte.

Et mon “prétendu” comportement est concrètement invérifiable.

Bien sûr, j’ai le sentiment que je devrais utiliser des stratégies d’embuscade et utiliser un terrain boueux, neigeux ou humide à mon avantage. Mais est-ce que canis dirus faisait réellement cela?

Je sens comme si je devais suivre les vautours pour chercher des charognes, manger des restes de saumon à la rivière, donner des coups de croc et déchirer des morceaux de grosses proies blessées en espérant les faire saigner à mort ou tomber à genoux pour que je puisse leur briser les os. Mais est-ce un portrait exact des habitudes alimentaires de canis dirus?

J’ai l’impression que ceux de ma race sont moins grégaires que le loup gris, et bien qu’il y ait souvent des crises de grognements et claquements de mâchoire, l’affirmation d’une hiérarchie est moindre et moins “politique”. Mais est-ce la vérité?

Je peux faire des hypothèses valables, mais elles ne satisfont pas mon cerveau humain, mon besoin égotique de *savoir*. Pour pouvoir dire “oui, c’est le cas” ou “non, c’est faux”.

Etre humain c’est poser et se poser des questions.

Mais être canis dirus c’est simplement être. Peut être que je devrais en tirer une leçon.

Quand bien même, que signifie “Etre” et “avoir disparu” à la fois?

D’une certaine façon, je suis la réponse même si la réponse ne cesse de se dérober à moi.

On dit que l’extinction c’est pour toujours, et pourtant pour quelque raison mon âme semble être en désaccord, au moins en partie.

Qu’est-ce que ça veut dire? J’en sais foutrement rien. Je vous le ferai savoir dès que j’aurais trouvé.

D’ici là, il me faut retourner à l’étude des ossements et au tamisage de mes souvenirs.

Musings on dead things and fake things

Musings on dead things and fake things

By Twilight Stray

We piled into the back seat of my Dad’s car, the air conditioner and friendship fighting off any claustrophobia that threatened. They would offer grapes and lean against me while we zoomed around turns, games for children. We hadn’t known each other when it was time for those kinds of things, so we make up for it now.

The herds of cars were parked like shining cows, all facing the same direction on he field, crushing grass underfoot as their engines lowed and rumbled. Walking in, my nostrils flared as I scented the small horses at the pony rides- one diminutive pony, a bit larger that a miniature horse was trotting in a circle with an equally small boy on his back flicking at the reigns. His steed was nonplussed. There were booths- blinding white tents and the promise of veracity.

The first thing to hit me was the smell of tanned leather, feathers, bone. It was heady in the summer heat- my sunglasses weren’t helping much so I ducked into the first tent. An emaciated woman in aviator glasses held a young grackle that was missing feathers from around its eyes. It clutched to her sinewy wrist and fluttered like a burnt handkerchief. I wanted to reach out to it, hold it, set it free- anything really, but it didn’t look at me, and nether did the woman. She chewed tobacco and watched the soccer moms barter over necklaces and rings they wouldn’t end up buying.

Each booth was similar- the same dreamcatchers on every pole, the same images of horses and eagles and wolves and crying native women tattooed on the sun burnt arms of patrons and sellers alike, mirroring the images on the tie-dye t-shits hung on the racks, some of which displayed stolen art. All the dreamcatchers looked the same to me.

The smell of burning sage was overwhelming in the heat- a cleansing holocaust in the summer sun. It was different from the sage I know- my small wands burnt on the deck out back on cool fall evenings. My long hair sticks to my back, tangled and damp, but protection none the less. I’ve always hid behind my hair.

There was a black man wearing boots and a cowboy hat, an empty medicine pouch against his collared shirt. Small children were breathily fluting random notes on bamboo pipes decorated in bright yarn, mixing with the sounds of tape-recorded birds singing. We found a lone bison in a small corral backed up to the truck that had brought him there, signs proclaiming the great respect held for the sacred bison- not buffalo, but bison, and declaring that he did not need shade as bison were hardier then their domestic cousins. I peered through the square bars of the fence to read further about how the thin rope around the fence should not be crossed- this was a wild bison, not a pet, and was not used to humans. I couldn’t smell him over the sage and sweat and dry dead things.

Moving on, I passed more coyote faces staring out from the opaque sides of Tupperware bins, and fox faces ranging from white-gray to a charcoal black like old clothing. Bobcat faces hung in bunches, six dollars each, a metal ring stretching through their eye sockets. I winter a larger tent, rows and rows of badgers and every colored fox in ling strips, like socks hanging from their crushed noses. This tent has far more furs than the ones before it, and I turn to my right where inevitably, wolf pelts hang like larger foxes, larger empty socks like Christmas stockings waiting to be filled. These would never be filled again.

Most are white and “arctic wolf”, slightly larger than their southern cousins, longer nose and different eyes- remember “Never Cry Wolf?” runs through my head. I hold a paw, comfort, for me or it I don’t know. I know that they are much bigger on real wolves. I know how they look when splayed to walk on snow. Here they are dried down small to the size most people image them to be- no different than a golden retriever or husky. These are white though, except between the toes where they are the old red color of berries. Blood, dirt, or something else- it’s hard to know.

The pelts are again long and shapeless, but their fur is thick. I think of how I draw those kinds of pelts, how I’m learning the fur patterns and the direction the hair moves. Something I can feel sometimes, but need to learn to draw. I look to the pot-bellied man smoking a cigarette behind the table. I ask where the wolves came from, but I already know the answer. “Alaska,” he says, not unkindly. “Arial hunting” shoots through my mind like visions of snow and exploding rib cages and frenzied running. The chase without the dance, without the predator-prey communication. Killing with ease from far away.

I’m quiet, shifty, smelling everything around me, as I walk hotly through the tents, taking off and putting on my sunglasses. I’m not angry- calm in fact. My friend tells me I look like a hot, sad doggie, and I say I’m fine and laugh a bit, saying at least I’m not skinned and hanging from my nose on a hook. It’s the kind of acrid statement I would have made in the past, that I should be too mature for, but I don’t feel it at the moment.

I still imagine different scenarios- the man asking me if I’m a wolf-lover between puffs on his bent cigarette. I see myself looking at him and he pausing, as I intone softly, laughing around the corner of my mouth, saying he says it like a curse or insult. He repeats it, and I smile sadly, and say I’m not a wolf-lover. I’m just a wolf. But the thoughts are fleeting, overdramatic, and I’m distracted by a jewelry tent, the sound of drumming and voices singing.

It’s a few Spanish men and boys, one thirteen year-old drumming a bit, trying out different rhythms while the men sing a few bars, mainly to themselves. My fiends

and I walk some more, stopping beneath a tree to eat lime snow-cones. I’m not hungry- there is a deep cramp below my belly, and I don’t want anything. I don’t normally get menstrual cramps, but these hurt badly- not causing me so much pain as slight bewilderment at them being there at all.

I look in my purse at the few pictures I bought from some of the vendors- pieces of art that can’t be faked. One is a woman summoning a red smokestack of animals. The other is the silhouette of wolves, three running against a blue sky. The last is a white wolf looking out on a clearing, and it makes me think of Home, even if I could have drawn the wolf better myself. I look at the tree I’m leaning against, where a cicada shell sits next to a chrysalis which sits next to a white moth, all in a line like a science-classroom illustration, ants creating a moving backdrop against the dark scarred bark of the tree. We walk some more, passing the same shops and lingering a bit longer to make final purchases, and make our way out. I take one last look at the coyote faces in the Tupperware bin, and I do not buy one.

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I’ve always had an interesting relationship with dead things. When I was younger, I always had a good sense of righteous indignation towards my mothers friends who wore fur collars, and a sense of grief and sickness over the fur coat that hung in the downstairs closet. Then as time went on there was a sense of reclamation, where parts of pelts, wings, feathers all gave me a sense of authenticity. I always looked at road kill. I wanted to be desensitized to this- I wanted to be able to take what I could use from dead things that no longer needed them. Not trophies, but something I could use as reference, art, or just to be near me. And it still leaves me torn. Part of me wants a collection of animal parts, a menagerie of my own like the natural history museums I love so much. Desensitize, I say as I take the wings of a dead bird. I’m making use of what would be wasted, I tell myself. And it’s true.

But I think it more comes down to wanting animals near me. A sense of grief, tempered with a need for contact. Perhaps I gather echoes around me- the closest thing I can get to knowing something. Perhaps I try to desensitize because I didn’t know them- they weren’t beloved pets or neighborhood animals I watched grow. But perhaps the need to gather, and my former anger all come from the same place. A place where I need to mourn that I never knew them, that I couldn’t do something for them in life. Perhaps I just need animals around me, in a perfect world living ones. But it’s not a perfect world. For now, having run the gambit of seeking dead things and shunning them, I can take and hold what comes to me, and bury what I can.

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I had found a dead swallow a few weeks ago, and had scavenged the wings from it. I messed up when it came to the tail, scattering feathers like any common house cat kill. After burying its body in the fenced-in backyard of my Dad’s townhouse, I figured I’d come back for the skull later, after the bugs and weather had done their work. I’d thought about it since- how I didn’t really need a small sparrow skull, and dead things not only should be buried, but buried with honor. Today I went out with the intention of digging it up and relocating it to the woods out back, outside of fences. All I found was the brain case, waiting for me on top of the clay-like soil, still damp from morning and recent rains. That’s all I needed. We are or brains. So I took it out back, and plunged my thumb into the wet loam, planting the small skull like a seed. Dead things are better when buried.

There is a wolf that lives in the right side of my brain

There is a wolf that lives in the right side of my brain

By Twilight Stray

I have spent the last week perusing Betty Edwards’s book, “Drawing on the Right Side of the Brain”, which does a great job of applying neuroscience and general brain-ology to art and artists. While reading this book, I noticed many very interesting connections that could be drawn between the brain, art, and therianthropy. In a lot of the places where she takes about creating art, I found that it described some aspect of what the Shifting mentality is for me. Keep in mind- I don’t know that this works for everyone, but it certainly was an “Ah-ha” moment for me personally and the way my head works. The general brain dichotomy is something that philosophers, poets, and rocket scientists have notices since Socrates was in diapers, but I find that it explain my own predicament just as well.

I know that for many animal-people, the need to express ourselves artistically is as ingrained in us as much as our animal natures, and often that creativity is used to express that part of ourselves. But perhaps it is the right side of our brain that is expressing itself through art, and perhaps ultimately an identification with animalistic thinking and worldview. Perhaps therianthropy is a result of people having a more profound dichotomy between the right and left brain, and as art is a right-brain activity, it has a lot in common with shifting. Edwards talks a lot about how learning to draw is a matter of shifting your way of seeing the world. This is what happens in art, and in therianthropy.

Now, the first thing to do is look at what qualities are inherent of the right brain and left brain, understanding the basics about how the brain works. It would really help you if you had a copy of this book, or at least knew a little about brains here, as I can’t recap everything. What I’m going to do is quote Edwards on a few things that she said about how the right brain works when applied to art, and point out how it applies to animal people as well.

Learning about the brain is about learning about two ways of knowing. I will say right off the bat- this has always been a quality of mine. I have read prodigiously from a very young age, and find that I adapt very easily to different mindsets- be it characters in a book or philosophies, and I’m able to snap out of them just as quickly. I don’t want to say empathetic, as I’m not, I just know that perhaps as a byproduct of having an overactive imagination, I can adopt different worldviews, which comes in handy when discussing philosophy or religion or other such Liberal Arts College matters. I know that I have always been a very torn individual- I can look at those lists of personal qualities and say that both polar descriptions seem to be about me. There’s a reason I call myself Twilight- I’m fickle as hell and generally torn on many matters, seeing both sides but trying to dance somewhere around the middle. Some would say bipolar, I just say a little more torn than most people.

So first off, lets look at a very annotated list of Left Brain Qualities. This looks a lot nicer in the book, I assure you. Verbal, Analytic, Symbolic, Abstract, Temporal, Rational, Digital, Logical, and Linear. I would say that these qualities exemplify how I am when writing a paper, when engaged in debate. When I get going, it is as if I’m solving a giant math problem and know that the pieces are fitting into place, I have the right words and arguments in a linear pattern that proves something. My vocabulary increases tenfold, and the muses start singing. This happens when I become tipsy as well, but when I’m in philosophy class, or writing a paper, or in math, my brain goes to “Intelligence Defcon One” and I’m off. This is Left-brain Ashley. Once again, this is something I’ve noticed about myself my whole life but never knew there was an examined, tangible reason for.

And now, the lovely Right Brain. Nonverbal, Synthetic, Actual, Analogic, Nontemporal, Nonrational, Spatial, Intuitive, and Holistic. This is my creative side, the side that doesn’t need proof or a logical argument. This is where fantasy and magic became ingrained in me since the days of reading about Narnia in the boxwoods of my lower school playground. This is where time does not exist, where a cloud is a whale is a butterfly is a spaceship, and not a “A visible body of very fine water droplets or ice particles suspended in the atmosphere at altitudes ranging up to several miles above sea level.” This part of me is about taking little pieces of things and creating a vast horizon, instead of taking something apart into letters and mathematical components. Intuition reigns- this is where my instincts and hunches are listened too by reflex, where body language is more potent communication than linguistics. Past, Present, and Future are all in the now. These are known, documented qualities of the right brain. This is how I feel when I create are. These are qualities of a Shift.

Later in the book, Edwards describes how to shift into R-Mode, or using your right brain, in order to do art. She says that you may become “unaware of the passage of time.” This happens when I draw, and when I shift. She asks about if people were talking to you, “You couldn’t have listened to what they said- in fact, you didn’t want to hear?” When I’m drawing, I tune everything out, and when I’m feeling “Wolfy,” I’m liable to just tilt my head at useless murmuring. It just doesn’t matter. She asks if you feel “Alert, but relaxed, one with the work, in a focused, alert state of consciousness that can last for hours.” Yes, I say. This sounds like shifting.

“Shifting to R-mode releases you for a time from the verbal, symbolic domination of L-mode, and that’s a welcome relief. The pleasure may come from resting the left hemisphere, stopping its chatter, keeping quiet for a change. This yearning to be quiet may partially explain centuries-old practices such as meditation and self-induced altered states of consciousness.” Yes people. The animal bit is an altered state. A lot of us even meditate to go there. Does it come as a surprise that the right brain is considered the animalistic side, which animals today rely on more then we humans in our left-brain dominated society?

“If someone speaks to you, it seems as though it would take a great effort to cross back, think again in words, and answer. Furthermore, whatever you are doing seems immensely interesting. You are attentive and concentrated and feel ‘at one’ with the thing you are concentrating on.” How many of us have had to come out of a shift like wading through taffy, trying to form words but having trouble because thereisabugonthatstick or somethingsmellslikeanimal.

Shifting is truly another way of seeing, and Edwards writes about how visual data is processed differently depending on which dies of the brain is processing the raw data. “Learning perception through drawing seems to change the process and allow a different, more direct kind of seeing. The brain’s editing is put on hold, thereby permitting one to see more fully and more realistically.” We see this all the time- when shifted, I know I notice movement, color, and shapes in a completely different way than I normally do. This is similar to how I see when drawing. Things live in a world of rich, specific detail, which remaining holistic at the same time.

So personally, I know that I approach situations by looking at both sides. I always thought this was just a quirk of what it was to be me, to have the fantastical, nonliteral side of me screaming to do one thing and then the analytical mathematical side demanding to do another. I know that most people function this way- that it’s not really a big weird thing, but it would seem that my inner dichotomy is more pronounced. I’m more aware of the shift between the two states of mind- which I now know actually exists. Is it that Weres in general have a greater mind dualism, and a more acute perception of it? That shifts are more rapid and recognized? Perhaps this would explain why many of us have shifts that are less dramatic as time goes on- the mindsets are recognized and therefore integrated.

I just know that for me, a lot of this explains why I am always of two minds about everything, be it writer and artist, atheistic and spiritual, or even girl and wolf.

Thoughts on Senses

Thoughts on Senses

By Twilight Stray

I wake up in the morning and the thick ruff of hair behind my ears doesn’t feel quite the way it should. Thick enough, of course, but far too long and not rooted in the right places. Being a wolf is something about flesh, something about being made of dirt and sinew and just enough starlight to put a glitter in your eyes.

Wolves don’t care about all the accoutrements- my collar and the pictures that adorn my walls are all wolf in translation- wolf coming through a human sieve. There is a dusty bookshelf I frequent on the top floor of our haunted library, somewhere between eating disorders and ecology. It’s where lupine behaviorism is lettered and numbered like an undisplayed specimen in the forgotten maze of a natural history museum. But that isn’t where I find wolf. Wolf is in my body- the way my shoulder blades push against the skin of my back as if they want to break through.

Sometimes it’s the way I notice the movement of a squirrel leaping in arcs across a field hundreds of yards away, tail trailing behind like the ribbon of some hyperactive interpretive dancer. But I don’t notice the large SUV whose way I’m impeding until it’s honking at me and I find myself in a crouch, lips pulled tight in a snarl at the bug-stained grill that takes up most of my vision. In situations like that, I always end up standing quickly and asserting a neutral expression, my cheeks reddening in embarassment. Snarls and other normal expresson tend to look goofy on a human face, so I control them. Some thing are embarassing when put through a human filter. Some things that begin in the human core don’t translate well through a wolf filter. In any event, I don’t trust roads, and stay away from them- the dirt and noise are enough to spook me, but when I’m on them it’s a different story- I’m looking to grass.

Wolf isn’t in the past, or in the three hours from now- nonlinear time is something rooted deep in me, and watches are only for being an annoyance around my wrist and a way to placate my surface human mind. The urge I have to dissect, to chop time and language and mannerisms into peices and put them in neatly labeled boxes is all too human. It’s very immediate to be a wolf.

Yes, I do know you by your scent, and I like it that way. The toxic smell of too much deodorant or perfume will make me shy from you more than sweat will. I pay attention to my nose more- my eyes have never been good, even with contact lenses, and there is so much you miss if you ignore scent. My hearing is geared towards the squabbling chickadees in a nearby tree, or the subtle scratching of the ever present squirrels- I still can’t decide if that are my nemesis or not.

I remember an old squirrel who came up to sniff both my shoes in turn and then sat back on his haunches to look up at my face, as if confused about the information he was getting. He sat like an old man taking in the sunlight, crouched by my left foot, taking in the air. I think I like squirrels for that. I remember the one squirrel I buried. I found it stiff below a tree, blood crusted around her mouth. Some boys threw her in a trashcan, but I fished her out later and buried her by the science center. Wolves know that things are better when you bury them.

Sometimes I think in pictures and don’t feel the need to puzzle together words and phrases. Organic thoughts can’t be written in lines- language is not a sense, and that’s how the memories on the lupine side of my brain manifest. And the wolf in me knows that the more I see the wolf, the more I see the human, and they are one and the same. My instincts are all wolf, and all human-who-is-a-wolf. Beyond the forums and the essays and the soul-searching between classes, there is a girl who is a wolf, and she keeps things simple. Simple as rainwater and spider webs, simple as scratching that itch where your ears should be. Simple as nosing around at bones and howling because it works. It’s something as ancient as pictures on cave walls and drumming around fires. It’s smoke and soot between my paws, between my fingers, and often that’s the same thing.