InstaWeres [Partie II]

InstaWeres [Partie II]

Par Katmandu

Nous avons vu les “Insta-Weres” dans mon essai précédent. Un grand nombre de gens en ont assez et sont écoeurés par le nombre d’Insta-Weres apparaissant sur les forums et les groupes de discussion; et ceux qui se font entendre à ce sujet sont loin d’être peu nombreux. Qu’est-ce que ça a avoir avec les Insta-Weres? Représentent-ils vraiment une menace pour la “werecommunauté” dans son ensemble, ou juste pour eux-mêmes?

Comme toujours, je partage plusieurs avis à ce propos. D’un côté, je peux me dire: eh bien, qui suis-je pour juger de ce que cette personne dit? Mes propres croyances sont si éloignées de ce que la majorité des gens considèrent comme “normal” qu’il serait plutôt hypocrite de ma part de pointer du doigt quelqu’un et me moquer de lui à cause de ce en quoi il croit.

D’un autre côté, je peux m’inquiêter de ce que ces personnes sont en train de s’infliger. Parfois je lis un autre “j’ai trouvé ce site hier à peine et ça semble super et je veux devenir un were; dites moi comment” et je me demande s’ils réalisent simplement dans quelle confusion intérieure ils sont en train de se plonger en prétendant être quelque chose qu’ils ne sont pas. Certaines personnes vont traiter cela comme une phase intéressante au travers de laquelle aller pour s’en éloigner ensuite; d’autres vont prendre la chose très à coeur et deviennent anxieux quand ils réalisent qu’ils ne sont pas ce qu’ils pensaient être, ou ce qu’ils pensaient vouloir être. Je veux les préserver d’une chute dans une remise en question de soi sans même songer à reflechir si cette définition leur va; mais mes meilleurs efforts pour formuler cela poliment se terminent généralement en étant confrontés à des “Ah ouai? Pour qui tu te prends de toute façon!” Notez que je ne rejette pas l’idée que quelqu’un puisse se sentir ainsi depuis longtemps et n’arrive à mettre un nom dessus qu’après avoir lu un site web; si AHWW avait été créé environs un an avant qu’il ne le soit effectivement, j’aurai probablement été de ceux-là. En effet j’ai tenté de mettre un nom sur ce que j’avais ressenti toute ma vie avant que AHWW ne s’établisse, mais les éléments aidant pouvant être présents dans une communauté online n’étaient pas encore en place et j’ai vécu quelques durs moments avant de parvenir à prendre la chose en main et la maîtriser. Je suspecte un tas de gens qui déclarent “J’ai découvert mon wereisme tout récemment” d’avoir en fait rejeté ces sentiments un certain temps, et de réaliser inconsciement ce qu’étaient ces sentiments en lisant et apprenant au travers des autres. Mais je devine aussi qu’il y a des gens dans les parages qui attrappent le “syndrome du shifteur” et se dupent eux-même en croyant être quelque chose qu’ils ne sont pas; au travers également d’un désir de faire partie d’un groupe, être accepté, à cause aussi de problèmes d’image de soi, de sentiments d’impuissance dans la vie réelle, ou d’une fascination pour “l’occulte” ou les choses marginales (du style “waouh, c’est génial”). Ils causent leur chute, et se sont souvent engagés trop loin sur cette route pour accepter une légère critique.

D’un troisième côté (*Kat tombe à la renverse après avoir soulevé trop de côtés*) je suis énervé par les dégâts que les gens occasionnent non seulement sur eux-mêmes, mais aussi sur l’ensemble la communauté. Ces conséquences s’étalent d’un roulement d’yeux pour une longue description supra-gothique et romancée de Studly McGrimfang, Chef de Meute du Clan des MarcheSang, Leader des Loups Libres et Fléau du Ver, qui font croire à toute personne extérieure que ceux qui prétendre être des weres sont tout aussi merveilleusement équilibré que ce type; aux gens qui, ayant poli leur wereisme nouvellement forgé jusqu’à ce qu’il brille vivement, le brandissent au dessus d’eux comme étant l’avatar du vaste monde de la lycanthropie et déversent de furieuses criailleries sans fin (mal écrites, sans ponctuation et parsemées de fautes d’orthographe) semblables à des monologues au travers d’innombrables pages virtuelles en réprimendant toute personne dont les flèches acerbes perceraient leur mince carapace. Ces guerres flamboyantes ne se propagent pas seulement au travers d’un des lieux de rassemblement mais au travers de tous, car ces guerriers s’érigeant pour la Justice Lycanthrope sont emportés dans leur mouvement et poursuivent leur route pour casser la figure des offenseurs de leur dignité (ou de celle de quelqu’un d’autre dont ils ont vaguement entendu parlé de loin en passant) dans toutes les communauté online qu’ils peuvent trouver. Le reste d’entre nous sait que répondre, même avec une estimation impartiale et juste de la situation, serait changer ce bazar en un autre plus compliqué encore; et sont donc forcés de fermer les écoutilles et espérer surmonter la crise. C’est une situation sans gagnant.

Mais le plus potentiellement dangereux aspect du syndrome insta-were apparaît indisctinctement dans le futur; et nous avons déjà vu les signes avant-coureurs. Il vient de la personne qui, trop épris d’un état d’esprit roleplay, commence à se prendre pour un réel guerrier de la thérianthropie. C’est une chose qui pousse à grogner combien l’humanité en général est stupide – je suis certainement le pire fils de pute misanthrope et cynique de ma connaissance, et chaque jour je vois de nouveaux exemples de la bétise humaine; mais je réalise en même temps que je suis moi-même toujours un humain, et pas infaillible – mais c’est aussi encore une chose qui marque tout à fait la destruction de la race humaine, ou son éclatement certain. Je ne me laisse pas troubler par ce grondement aussi longtemps qu’il n’atteint pas la ridicule proportion d’un “Je suis tellement supérieur à tous ces stupides humains”; mais de là à plaider sérieusement pour le meurtre d’autres personnes… non. *Cette* attitude là a le potentiel pour faire de sérieux et irréparables dommages au concept de thérianthropie même. Regardez comment l’opinion générale regarde les “vampires” maintenant. Tout ce qu’ils ont vu de cette communauté sont de nouvelles histoires sur quelques gosses qui persuadaient leurs amis de tuer une autre personne et boire leur sang. Est-ce que ces gamins représentaient l’ensemble de la communauté vampire? Bien sur que non. Mais cette image est à jamais gravée dans l’esprit des gens maintenant. Il en allait de même pour l’image du joueur de Donjons & Dragons pris à jamais pour un excentrique et dangereux sataniste d’après quelques personnes et des incidents sur-médiatisés dans les années 80.

J’aimerai croire que personne n’est suffisament mentalement atteint pour rejoindre notre petit “chasseur de vampires” dans sa quête pour tuer les créatures mythiques qui ont fendu le crâne de son meilleur ami. Mais j’ai vu des choses plus étranges encore. Vous pensez que vous paraissez étrange quand vous extériorisez votre wereside en présence d’un ami ou d’un collègue de travail? Attendez que Tobias devienne complêtement frappé et découpe en rondelles quelqu’un qu’il croyait être un vampire et s’empare alors du rôle principal d’un épisode bonus. Alors le public sera convaincu que quiconque se disant être un loup-garou est exactement le genre de bête déchaînée que Hollywood dépeint.

Jakkal est dans le mille quand elle dit que les gens sont trop paresseux pour s’étudier eux-même en profondeur. La lycanthropie n’est pas la lubie du jour. C’est une part de l’essence qui fait de vous *vous*. Ce n’est pas une clé magique pour l’immortalité, la surpuissance ou le commandement des autres et l’acceptation instantanée parmis eux. C’est une autre facette de votre psyché; elle peut être bonne, mauvaise ou neutre. Ce n’est pas quelque chose que vous pouvez choisir après avoir lu un ou deux sites web; ce n’est pas quelque chose que vous décidez subitement d’être. C’est quelque chose que vous devez examiner lentement et laborieusement jusqu’à ce que vous réalisiez ce que c’est et en quoi c’est une part de vous. Découvrir et développer cela est une part de votre évolution en tant que personne, un voyage qui durera le temps de votre vie, une quête que vous ne finirez peut être pas. Vous pouvez emprunter des routes faciles pour ceci. Agir ainsi va bousiller votre psyché d’une manière telle que cela pourrait vous prendre des années à la retaper. Vous vous devez d’être honnête envers vous-même.

InstaWeres [Partie I]

InstaWeres [Partie I]

Par Katmandu

Il y a dix ans, si vous cherchiez dans votre bibliothèque – ou aviez la chance de pouvoir accéder au réseau de recherche Gopher – au sujet des mots “loup-garou” ou “lycanthropie”, vous auriez trouvé d’innombrables références sur la lycanthropie clinique, des résumés de psychologie, ou des analyses de mythes et légendes. Si vous étiez chanceux, vous trouviez une ou deux références aux esprits-animaux ou au totémisme. Vous n’auriez trouvé nulle part des instructions détailées sur comment devenir un loup-garou, ou des termes comme “physical shift”, “mental shift”, “aura shift”, “thérianthropie”, ni aucun de la multitude d’autres mots existants.

Dix ans plus tard, si vous aviez une recherche à faire sur le web, vous auriez du mal à extirper les analyses cliniques des légions de sites à la gloire de la science des loup-garous. Maintenant vous avez dix sites différents vous expliquant comment savoir si vous êtes un loup-garou ou non, et offrant des forums de discussion, ou des conseils pour faire face au rejet de ses amis. Maintenant l’information – bonne, mauvaise, exacte, imparfaite, ou carrément dangereuse – est accessible dans une douzaine de formats différents aux éclatantes couleurs. Maintenant n’importe qui peut s’informer sur ce que beaucoup avaient à formuler intérieurement.

Ceci, comme la plupart des choses de la vie, est à la fois bon et mauvais. Bon, car maintenant vous pouvez tirer profit des expériences, conseils et connaissances de centaines de gens différents. Mauvais, parce que certains de ces conseils sont médiocres. Mauvais aussi parce que cela court-circuite un processus de découverte naturel, et rend possible les Insta-Weres.

Les Insta-Weres sont des gens qui “flashent” sur le concept de thérianthropie parce qu’il les attire (dans le sens “whoah-la-vache-c’est-trop-cool”) ou parce que cela comble un quelconque besoin superficiel: être accepté parmi un groupe de pairs, ou bien un moyen pour donner une impression de supériorité physique, ou encore justifier un problème de canalisation de la colère. Les individus les plus jeunes, ceux qui se trouvent au début ou à la fin de leur adolescence, peuvent trouver un tel concept attrayant, car ils sont en train d’apprendre à accepter leur corps et leur situation dans la vie, et sont appelés à formuler leurs propres idées et philosophies. Ainsi, nombre d’entre eux ne sont pas satisfaits de leur image, et peuvent se sentir mis à l’écart de leurs pairs, ou se sentir physiquement complexés ou inférieurs. Assumer la personalité d’un homme possédé par une créature sauvage leur procure une impression de puissance et de supériorité physique. L’internet fournit d’innombrables voies d’accès anonymes pour se faire accepter parmi les autres. L’idée d’une bête sauvage et indomptée prisonnière d’un corps humain devient un leurre très attractif.

(Note parallèle: Certains peuvent lire ceci et penser que je le leur destine. Vraiment? Certains vont lire ce qui est ici et penser que je suis en train de dire qu’aucun nouveau venu ici ou d’un quelconque autre forum n’est un “vrai were”. Merde, quoi, je n’ai pas la moindre idée de ce qu’un “vrai were” est. Vous pouvez continuer à lire.)

Cependant, un grand nombre n’arrivent pas à considérer si une telle idée reflète précisément leur intériorité. Les humains possèdent une capacité incroyable de rationnalisation, et ils vont submerger chaque doute qui menacera cette nouvelle conception des choses. Intérieurement, ils savent peut être qu’ils ne se sentent pas vraiment comme un animal prisonnier d’une coquille humaine, ou ressentant un quelconque lien avec leurs racines lointaines, ou ayant eu des visions troublantes d’eux-mêmes comme étant quelque chose d’autre qu’homo sapiens. Extérieurement, ils vont écarter tout sentiment suggérant que cette nouvelle philosophie n’est pas la bonne pour eux; ou ils peuvent s’emballer en tentant de prouver à eux-mêmes comme aux autres qu’ils sont des weres. “Je mange beaucoup de viande rouge; je suis forcément un were.” “Mes yeux changent de couleur (sous une lampe à vapeur de sodium, hum); je dois être un were”. “Mon index droit est plus long de 0.23mm que mon index gauche; je suis sans doutes un were.” Et plus un doute les prend à la gorge, plus ils sont aiguillonnés et poussés vers des revendications encore plus incongrues.

Il *est* plus facile de prendre la philosophie personnelle brevetée de quelqu’un d’autre et l’adopter comme la sienne – pour faire court. Il est beaucoup plus difficile de jeter un oeil sur toutes les informations qui vous sont disponibles et décider de ce que vous croyez. Les gens aiment qu’on leur donne des choses toutes faites, plus spécialement quand la seule alternative est une introspection brouillon et difficile. Et c’est ce que beaucoup ont fait. Et c’est pourquoi ils endureront de nombreuses nuits d’insomnies, rongés par le doute.

Etes *vous* un were? Je n’attends aucune réponse à cela. Je n’en ai vraiment rien à faire. C’est la question que *vous* devez vous posez à *vous-même*, et à laquelle seulement *vous* pouvez répondre. Personne d’autre ne peut vous dire qui vous êtes; ils ne peuvent que vous dire ce *qu’ils* pensent que vous êtes, et il y a plus de chances qu’ils aient tort que de chances qu’ils aient raison. Cela ne veut pas dire que vous devez ignorer leurs conseils, seulement que vous devez les comparer à toutes les choses qui font de vous *vous*. Je ne peux pas vous dire qui vous êtes, ou si vous êtes ou non un were. Je ne peux pas même définir le concept pour quelqu’un d’autre, puisque mon concept de “wereisme” est basé sur mes propres expériences, sensations et dialogues intérieurs.

Ca semble complètement dingue et mystique? Pas vraiment… c’est la même chose que l’Homme a fait depuis toujours à partir du moment où il est devenu conscient de sa propre existence; la découverte de soi. Qu’est-ce qui vous fait avancer? Qu’est-ce qui vous fait faire ce que vous faites? N’acceptez pas les réponses faciles et brevetées sortant d’une page web. Posez-vous vous-même ces questions et examinez les réponses pour ce qu’elles contiennent de vérité. Une fois que vous pensez avoir prise dessus, posez les vous à nouveau et regardez alors ce qui en sort. Et continuez de vous interroger, jusqu’à votre mort.

Si, après de longues et prudentes délibérations, vous trouvez que toutes ces vagues et nébuleuses définitions personnelles de “wereisme” que les autres ont exposé sont similaires à vos propres réponses, alors félicitations. Vous avez fait un grand pas en avant pour décider de qui vous êtes selon vous, au lieu de laisser la culture populaire le faire pour vous. Maintenant posez vous les questions à nouveau. Et encore. Safari a posté un long monologue sur ses propres découvertes et ses croyances en mouvance; que chacun aie la force morale que nécessite un regard aussi dur et long sur eux-mêmes. Vous n’aimerez probablement pas tout ce que vous trouverez – je serai surpris si quelqu’un pouvait examiner son âme et ne pas trouver à leur sujet des choses qu’ils n’aiment pas. Mais ils en savent plus sur eux-mêmes qu’auparavant, et sont allés de l’avant pour devenir une personne saine bien plus loin que beaucoup ne le feront jamais.

Pour moi, mon “wereisme” est une simple affirmation de ce que je ressent et de ce que suis. Cela n’a rien avoir avec ce que cela peut m’apporter; il est question de ma quête de compréhension de moi-même. Cela ne me fait pas sauter plus haut, courir plus vite, ou réussir avec les filles. Cela donne en revanche plus de consistance à ma philosophie, ma conception des choses, mon être; c’est une part de moi, mais cela ne constitue pas tout ce que je suis.

C’est pourquoi je vous le demande à nouveau: êtes vous un were?

Prenez votre temps pour répondre. Cela peut prendre longtemps, et même ne jamais recevoir de réponse. Mais le cheminement est le but, ici.