Oiseautistique

Oiseautistique

Par Tsu

Je suis autiste.

Je suis oiseau.

La société essaye de dire que ce sont deux choses différentes. Souvent je me dit qu’elles ne font qu’un. Où commence et se termine la séparation entre les battements de bras autistes et ceux aviens? Entre les piaillements de joie d’oiseau et le babillage autistique?

Je n’en sais rien. Je n’ai pas envie de les différencier. Je suis oiseau et autiste. Je ne peux pas distinguer ces choses l’une de l’autre.

L’oiseau est mouvement. Je l’ai déjà dit dans de précédents textes sur ce qu’est “oiseau”. C’est le mouvement, le rythme, le vent dans les ailes, ce qui te balaie en te tirant plus avant dans le ciel, répétitif, un-deux, un-deux. vers le haut. vers le bas. La vitesse variable, quand le vent autour de soi change. Je n’ai pas le vent, je n’ai pas d’ailes, alors j’utilise la musique, je me balance sur ma chaise, j’utilise les mouvements de la voiture, j’utilise un mot ou une chanson en boucle dans ma tête. Parfois j’utilise tout cela en même temps, me balançant tandis que la voiture roule comme la musique résonne et mon coeur se gonfle entre mes côtes et que mes lèvres bougent au rythme de la chanson, et je la chante encore encore encore dans ma tête, un-deux, un-deux, là plus vite là plus lentement là descendant là montant, haut haut haut haut b a s.

Je ne peux pas voler, alors ceci est mon envol.

Le mouvement et le rythme, ces choses sont apaisantes, familières. On berce un enfant et la personne autiste se balance et bat des mains et l’oiseau s’élance dans le vent, tous ces mouvements similaires, ces rythmes similaires. C’est apaisant, familier, pour un oiseau de voler: je n’en doute pas. C’est apaisant de courir, de sentir la terre ferme sous ses pieds, tap tap, un, deux, ou d’écouter la course d’un cheval, les sabots sur la route, undeux, troisquatre, undeux, troisquatre. Si c’est apaisant à nos oreilles, si cheval ou un chien laissés seuls à eux-mêmes courront de joie par principe, alors je pense que voler doit être réconfortant pour les oiseaux. Cela doit être la joie de se sentir chez soi, un mouvement familier, un coup d’aile vers le haut, vers le bas.

(On critique les personnes autistes qui se balancent ou de battent des bras. De vouloir ce mouvement familier. De vouloir voler. De chercher à sentir le rythme. De comprendre la joie dans le rythme, peut être plus que la plupart des humains, qui ne l’aiment que dans des situations très particulières. La musique. La danse. La poésie. Ecouter le reflux de l’océan sur la plage. Imagine si à chaque fois que tu bougeais, tu bougeais en une dance et ressentais le plaisir de la cadence. C’est la vie d’un animal, d’une personne autiste. Comme les animaux, nous dansons tout le temps, nous courrons, nous volons.

Et parfois, nous courrons, nous volons, parce que nous sommes des animaux. Parce que le besoin de courir et celui de voler et celui de danser est en nous, l’appel de nos ancêtres qui ne sont pas nos ancêtres qui sont nos ancêtres plus que la science ne peut le démontrer.)

Les humains ne font du bruit que lorsqu’on l’attend d’eux. N’est-ce pas étrange? Quand un humain fait un bruit soudain, c’est traité comme de la maladie mentale. A moins que ça soit une chanson ou un fredonnement, et encore, ce n’est autorisé que dans certains endroits. Tu ne peux pas chanter si tu fais la queue à la banque. Mais les oiseaux chantent constamment. Les oiseaux chantent pour trouver un compagnon, ils chantent pour dire “il y a à manger ici”, ils chantent pour dire “je suis là”. Et parfois, on dirait qu’ils chantent juste parce qu’ils en ont envie. Ils chantent parce que chanter fait du bien, comme un chien aboie lorsqu’il s’ennuie, comme un chat se promène dans la maison en miaulant parce qu’il a mangé de l’herbe à chat et qu’il a envie de faire du bruit. Il n’y a pas toujours de raison. C’est bien de faire du bruit. Les oiseaux le savent. Les personnes autistes le savent. On peut faire du bruit.

Je produis du son pour le plaisir. Je cours parce que le rythme me réconforte. J’imagine le vent sous moi, me poussant plus avant. J’imagine mes ailes battre lourdement tandis que j’agite les bras.

Je suis autiste.

Je suis oiseau.

Ces choses ne sont pas très éloignées l’une de l’autre.

Je ne suis pas la grâce de la biche

Je ne suis pas la grâce de la biche

Par Yourdeer

Il existe une belle image romancée de la biche: elle est gracieuse, élégante et délicate. Elle est innaccessible et timorée, disparaissant silencieusement au moindre bruit. Son regard est le stéréotype même de la féminité vulnérable et docile, et c’est une chose précieuse et émouvante que de la surprendre vous observer en retour un profond instant juste avant qu’elle ne se sauve.

Je ne suis pas cette biche.

En un sens, je déteste cette biche, car aucune n’est réellement comme elle. Cette biche est tout en charmes, et quand on pense à sa réalité, on passe sous silence le fait que les cervidés sont des animaux qui possèdent toutes ces vérités inéluctables de ce qu’un animal en chair et en os est vraiment, comme sentir mauvais, provoquer le malaise, être maladroit ou violent.
Quand j’ignore ces vérités j’ai l’impression de mentir. Je n’ai jamais trouvé cela bien, au fond de moi, de prétendre que ce qui est source de plaisir ne manque pas aussi de dignité et de grâce, ou faire comme si ce qui est généralement viscéral et écoeurant n’est pas également magnifique et jouissif. Prétendre cela, ce serait nier la moitié de mes joies et enterrer profondément certaines vérités, qu’elles concernent les humains ou les cervidés.

Les biches ne sont pas tout en douceur et fragilité. Elles peuvent être particulièrement aggressives et peuvent aisément passer pour cruelles aux yeux des standards humains. Au coeur de la famine hivernale, une biche en bonne santé, une battante capable de tenir tête face à ses semblables, le fera sans aucune hésitation. Elle empèchera activement les autres biches et leurs faons d’accéder à la nourriture, même si elle est déjà repue. Elle repoussera une famille affamée des resources qu’elle considèrera siennes, et elle attendra qu’ils soient partis avant de s’éloigner de tout cet excès.

Les cerfs ne fuient pas toujours face au danger non plus. Plusieurs récits font état d’attaques envers les chiens et les humains en cas de menace, et certaines sont parfois brutales. Quand il est question de leur survie, les animaux qui soutiennent la comparaison face à leurs stéréotypes romancés sont peu nombreux, mais un cervidé désespéré peut être en parfaite opposition avec son image de douceur communément acceptée. Ses fins et délicats sabots se transforment en armes surprenantes et formidables qui peuvent meurtrir, lacérer, et briser des os. Pas de grognement découvrant des crocs à la vue de tous: sans dents du dessus, une gueule ouverte n’est pas particulièrement menaçante. L’expression se retrouve moins sur le visage que dans le déchaînement des membres graciles qui cherchent à blesser. En cela, j’y reconnais la manifestation de ma colère, sa soudaineté et ma méfiance. J’y reconnais mon agacement et tapement de pied quand je reste peu accueillante jusqu’à ce que la personne que je n’aime pas s’en aille. J’y reconnais l’attaque qui reste en veille jusqu’à ce que l’un des miens, plutôt que moi-même, soit menacé. J’y reconnais la tension provoquée par la suspicion sociale et l’aversion présente dans la plupart des êtres, mais je la retrouve plus particulièrement dans la manière d’être généralement silencieuse et presque dépourvue d’expression des cervidés.

Les cerfs ne sont pas de paisibles végétariens. On sait que les cervidés tuent vraiment, parfois pour se nourrir, et qu’ils se servent sur les carcasses d’animaux morts – non seulement en hiver, mais aussi en été lorsque l’herbe est abondante. Les poissons échoués, les jeunes oiseaux cloués au sol, les lapins morts ou les piles d’ordures ont déjà trouvé auparavant leur chemin jusqu’à l’estomac de ruminant du cerf. Je n’ai jamais fait de rapprochement entre mon régime alimentaire et celui des cervidés; il y a peu de choses qui me sont aussi agréablement, merveilleusement humaines que la manière dont on prépare la nourriture. Et pourtant nous sommes tous deux des omnivores, et je tire une certaine satisfaction en sachant qu’il n’y a pas de “seulement ceci” ou “rien de cela” dans le régime alimentaire des cerfs.

Les cervidés ne sont pas toujours timides ou nerveux, et la timidité ne se traduit pas non plus en solitude. Il y a coalition entre le cerf de Virginie et la dinde; il y des jeux avec les lapins et les raton-laveurs; il y a tolérance envers le coyote solitaire ou le chien domestique inoffensif. Il n’y a même pas toujours de crainte envers les humains, comme de nombreux jardiniers d’une patience à toute épreuve peuvent en attester dans la banlieue et à la campagne. Un cerf en sécurité peut être audacieux ou amical, et les cerfs sont connus pour avoir démontré un certain intérêt social envers de nombreuses autres espèces comme les oies, les lapins, les chiens et les chats, parmis tant d’autres.
Le cervidé intrépide en terrain sûr est celui que je suis. Méfiante et nerveuse jusqu’à ce que l’autre ait prouvé qu’il n’est pas une menace, je suis des plus franches envers ceux qui me sont proches; je peux faire tout ce qu’il me plait, la plupart du temps, sans aucune crainte. Et en tant que cervidé, j’aime garder près de moi ces personnes parmis lesquelles je me sens en sécurité.

Les cerfs ne sont pas tout en grâce et en préciosité. Ce sont des cervidés, et les cervidés sont des animaux très portés sur l’olfactif. Pour un cerf, la communication passe par l’odeur; en tant que mammifère non-humain, l’outil principal de ce langage est l’urine. Pour avertir de sa présence, il se vautre dans ses propres sécretions et il asperge ses sabots de son urine. Fait la court, et donc se reproduire et survivre, dépent totalement de ce que nous pourrions considérer comme une réalité écoeurante. Et pourtant sans celle-ci il n’y aurait pas de cerfs.

En tant qu’être humain, que l’on puisse redouter les fluides sexuels me rend perplexe. En dehors des préoccupations concernant un risque de grossesse ou de maladie, c’est un concept qui m’est totalement étranger que l’on puisse aimer le sexe tout en étant décontenancé par la chose qui donne à cette activité son odeur et sa texture. Fort heureusement, je n’ai pas besoin d’utiliser mon urine pour signaler mon désir à mes partenaires, mais me débarasser des odeurs de sexe m’attriste. C’est peut être un réflexe humain, mais savoir que les cervidés font tout leur possible pour renforcer leur odeur pendant la période de rut me permet d’embrasser ma propre tendance à me complaire dans les odeurs corporelles.

Dans la règne animal, il est rare d’observer un accouplement que l’on puisse considérer digne ou romantique. Les cerfs ne font pas l’exception. Et le manque de dignité de l’accouplement animal me rappelle que la représentation culturelle de la sexualité humaine comme phénomène passionel parfait, gracieux et sans faille n’est qu’une construction par ommission. Les vocalisations grotesques, les bruits stupides et les mouvements maladroits ne sont pas moins merveilleux que les aspects idéalisés de l’expérience: je le vois dans le grognement, le brame et le coup d’encolure du cerf.

La grâce de la biche, son élégance, ne sont pas ce qui fait de moi un cervidé. Le stéréotype romantique est là, c’est sûr. Les cerfs peuvent effectivement se sauver, et j’ai en effet tendance à préférer la fuite à la confrontation. Les cerfs peuvent être élégants, et parfois je me sens le pied léger et je me meus avec aisance dans ce grand corps à lourde ossature, quoique souple. Les cerfs sont fragiles, et je me sens fragile en ce que je sais que les cerfs meurent très, très facilement; ayant vécu quelques années dans un milieu rural où la population de cerfs est supérieure à la poluation humaine, j’ai vu beaucoup de cerfs morts, et il était impossible d’ignorer le taux de mortalité du cerf de Virginie dans une communauté de chasseurs où florissait également une population de coyotes de l’Est.
Et cependant je ne me sens pas gracieuse. En temps normale je me sens immensément maladroite, et il y a quelque chose du cerf qui me parle de cette maladresse. Prendre peur à la moindre chose, l’indignation gauche causée par un dérangement, la fuite désordonnée, les grandes pattes qui bondissent, les machouillements de bouches bizarres – tout celà est “cerf”. Certaines de ces choses se retrouvent dans le cliché romantique, mais je ne les perçoient pas ainsi. Je ne pense pas qu’être un cervidé me rende belle, désirable, ou délicate.

Croire qu’être un cerf est purement positif, sans rien de stupide, sale, désagrable-rien-qu’a-y-penser, c’est mentir. Oui, il y a certains aspects des cervidés qui peuvent être magnifiques et parfaits et dans lesquels je me reconnais, parfois beaucoup. J’aime les mouvements d’oreille, l’éclat du regard, les fins sabots se soulevant et ne touchant pas tout à fait le sol, la queue relevée, la fuite soudaine et bondissante. Ce sont des choses que je peux ressentir. Mais je peux aussi percevoir l’encolure qui se tend pour paître, l’indignation lorsque l’on empiète de trop, le besoin de se cacher, de fuir, d’avoir peur. Je peux ressentir le bruit grotesque d’un grognement et d’un râle, l’inconfort d’être figé par surprise et pris dans des phares aveuglants, les sabots qui se débattent, et la fuite désordonnée en toute hâte.

Je ne peux pas nier la beauté et la solennité de se sentir cerf, ou de suivre la piste d’un cerf dans les bois. Je ne peux pas ignorer le confort rugueux de l’écorce et la pénombre des senteurs boisées, la profondeur de la mousse et les lits d’herbes hautes aplaties. Mais je ne peux pas non plus ignorer le fait que les pistes de cervidés sont aussi ponctuées d’excréments, que la fourrure et les tendons s’accrochent bien trop longtemps aux pare-chocs avant, que les cris et brames du cerf sonnent ridicules à l’oreille, ou comment la carcasse d’un mâle est suspendue sans plus de cérémonie en Novembre. La quiêtude et la subtilité du sentier du cerf, inévitablement parsemée de petites piles d’excréments, est pour moi une métaphore adéquate de mon expérience en tant que biche: je peux reconnaître la part de beauté et de merveilleux, mais je dois également prendre en compte ce qui est gauche et met mal à l’aise. Je ne serais pas cervidé si je ne pouvais pas accepter à la fois le charme et le désagrable de la biche.

L’animal anorexique: la thérianthropie et les troubles des comportements alimentaires

Par Khamaseen

Les troubles des comportements alimentaires et la thérianthropie peuvent interagir de manière très vicieuse. Durant les affres d’un de ces troubles, je me suis convaincue que mon corps était une cage qui contenait mon “vrai” moi. Tout ce dont j’avais besoin était simplement de perdre assez de poids pour déverrouiller cette cage, et à cause de ma thérianthropie, ce qui se résidait à l’intérieur de cette cage était mon type animal. Un énorme obstacle fut le fait que j’ignorais que mon identité animale m’empêchait de me rendre compte de mon trouble et de me rétablir. J’écris cet essai dans l’espoir qu’il puisse à l’avenir être trouvé par toute personne-animale ayant un trouble des comportements alimentaires, et qu’il puisse les encourager sur le chemin de la découverte de soi et de la guérison.

La première étape vers la guérison d’un trouble alimentaire, et probablement la plus difficile, est d’abord d’admettre que l’on a un trouble alimentaire. Cela peut être plus dur que la normale quand on est convaincu que beaucoup de nos comportements alimentaires trouvent leur origine dans notre identité animale. A un moment de ma vie, j’ai réussi à me convaincre que vomir quotidiennement était naturel pour moi puisque les vautours vomissent en réaction à la peur. Il m’a fallu me rendre compte que juste parce que mon type animal se comporte d’une manière, cela ne voulait pas dire que je pouvais me comporter de la sorte avec un corps humain. Le corps humain pouvait être blessé ou tué par de nombreux comportements non-humains, et vomir à chaque fois que j’étais angoissée en faisait partie. D’autre part, j’ai fini par me rendre compte que m’identifier en tant que vautour était juste une excuse, et que mon type animal n’était pas ça du tout. Mais plongée dans l’ombre de mon trouble, comment aurais-je pu le voir?

Le trouble dysmorphique du corps fait référence à l’illusion dont souffrent les personnes présentant un trouble de l’alimentation. En substance, elles ne savent pas à quoi leur corps ressemble; leur perception est déformée. L’un des exercices que j’ai fait durant mon traitement consistait en ce que je dessine ma silhouette à taille réelle sur le mur, pour qu’ensuite je me place dessus et que mon formateur trace mon contour. Les contours de mon corps et du corps que je pensais avoir étaient considérablement différents. Il y avait presque un mètre de différence entre le corps que j’ai dessiné de mémoire et le corps que mon formateur avait tracé. La dysphorie d’espèce pouvait encore plus compliquer la dysmorphie corporelle. Non seulement j’étais sujette à l’hallucination concernant la réalité physique de mon corps, mais je ne pouvais pas non plus reconnaître ma réalité physique quand bien même je parvenais à passer outre le trouble dysmorphique. Je n’avais pas le sentiment d’avoir progressé du tout. C’était un cauchemars sans fin où la projection extérieure de moi-même n’était jamais “correcte” à mes yeux.

Je me suis convaincue que mon corps était l’ennemi. Non seulement c’était le “mauvais” corps, celui d’un être humain, mais il était gras et repoussant. Une cage de cellulite m’entourait de toute part. J’avais le sentiment que mon “moi réel” était prisonnier à l’intérieur de cette prison de graisse. Ce moi réel était un animal. Bien que je savais d’un point de vue superficiel qu’il n’était pas logique de se sentir ainsi, je ne pouvais pas non plus m’empêcher de penser que si je parvenais à être suffisamment mince, je pourrais libérer mon animal intérieur. Si je ne pouvais pas être mince en revanche, alors je ne serais jamais un animal.

Le sport est devenu une addiction. Non seulement il brûlait les calories, mais l’adrénaline me rendait euphorique durant mes shifts. Lorsque je courrais, je pouvais presque voir une lumière au bout du tunnel. J’étais sur la voie de “la vraie animalité” par la réalisation de la perte de poids. Je me disais que j’allais mincir, puis que je deviendrais un animal. Je me faisais des idées.

Ce que j’étais réellement en train de créer c’était un chat sans griffes, une girafe sans cou, une chouette sans ailes. Je rejetais mon corps, qui est une part si importante de moi-même, et par là-même je rejetais mon “vrai moi”. L’animal et le reste. Le trouble alimentaire n’était pas seulement aggravé par ma thérianthropie, mais je ne pouvais simplement pas libérer mon animal tant que je me rejetais moi-même. Il m’a fallu guérir et apprendre à m’accepter pour ce que je suis. Mon corps, toujours anguleux suite à ce qui c’était produit mais sain, était une part de moi-même. Après avoir réalisé cela, je me suis “éveillée” plus ouvertement. La seule cage dans laquelle j’avais enfermée mon animal était la prison de ma maladie. Déverrouiller cette cage signifiait réaliser que j’avais un soucis, me faire soigner, et apprendre à aimer chacun de mes aspects. Aimer le corps humain aussi bien que l’animal à l’intérieur.

 

Par Tsu [réponse au texte ci-dessus]

Waouh. Je suis un peu surprise de lire ceci, parce que j’ai eu une expérience très similaire. Je n’ai jamais rien vu de tel écrit au sujet de l’animalité et des troubles des comportements alimentaires, et j’ai rencontré seulement deux ou trois personnes qui disaient que leur trouble alimentaire avaient quelque chose avoir avec leur identité, alors je me sentais un peu seule.

Pour ma part il y avait plusieurs choses… Etre un oiseau signifiait être mince, fragile et légère. Et plus j’étais légère, plus il y avait de chances qu’un jour je puisse voler, si cela devenait un jour possible d’avoir des ailes. D’autre part, plus je grandissais, plus mon corps – mon mauvais corps humain – existait. Ne plus avoir de corps, faire disparaitre mon corps, était toujours mieux qu’avoir le mauvais corps.

Je pense qu’il y avait une dysphorie réelle, en plus du délire. L’image que j’ai de mon corps est celle d’un animal qui EST vraiment léger, étant un oiseau. (Le cygne est l’un des oiseaux vivants les plus lourds, mais toujours plus léger en comparaison avec un être humain.) Il est donc naturel que mon corps me semble “trop lourd”. D’une certaine façon, c’était le cas, ce qui rendait la chose plus difficile à combattre, parce qu’on souhaite se rapprocher de l’image de soi que l’on a, et c’est un vrai but… mais il fallait que je me rende compte que, dans un corps humain, je ne pouvais l’atteindre en me laissant mourir de faim.

Je pense que deux choses m’ont aidée à m’engager sur la voie d’un rétablissement. D’une part, admettre pour moi-même que je n’aurais jamais voulu m’arrêter. Il n’y avait aucune fin à cela, c’était juste un cercle de destruction encore et encore, donc l’idée que “lorsque mon corps sera parfait, j’arrêterai…” était fausse. Ca n’aurait jamais été parfait. L’autre chose fut de regarder une vidéo sur Youtube faite par une anorexique en voie de rétablissement qui avait souffert de nombreux problèmes de santé. J’avais déjà vu de telles vidéos auparavant, je me mettais même au défi de les regarder car je voulais “rester forte” devant elles. Mais, pour une raison quelconque, cette ci en particulier m’affecta et je pris peur.

Et mon corps est effectivement toujours abîmé à cause de tout ça. Donc, je suis contente d’avoir arrêté. Je ne suis pas le genre de personne qui peut dire “aimer aussi son corps humain”, ma dysphorie est trop importante. Mais j’ai réalisé que je me fourvoyais.

Comment je vis mon animalité en free party

Comment je vis mon animalité en free party

Par Olwun

J’étais là, devant ces énormes caissons de basses qui faisaient vibrer mon corps et mon esprit tout entier à chaque battement qui raisonnait dans ce vieil hangar désaffecté. Nous étions perdus au milieu de nulle part, dans un endroit où la nature avait déjà bien commencée à reprendre ses droits, en 20 ans d’inactivité humaine. Des arbres démolissaient les murs de la base militaire abandonnée, et s’infiltrait dans le toit à la recherche du soleil. Les racines dévoraient le béton et les feuilles tapissaient l’intégralité des bâtiments. C’était un superbe spectacle de reprise de puissance de la nature… Et aussi une image énorme, qu’était le fait de faire une fête dans un endroit qui jadis défendait les valeurs de la guerre.

Il faisait nuit, la lune était pleine et nous éclairait de toute sa splendeur. Sa lumière traversait les fenêtres brisées, et la forêt qui nous entourait planait dans un climat mystérieux et subtil sous cet astre merveilleux. Il y avait beaucoup de féérie dans tout cela, surtout lorsqu’on osait lever la tête et observer les étoiles qui resplendissaient mal gré cette nuit de fin décembre. Ces lumières scintillaient dans mes yeux, je ressentais leur bienveillance nous accompagner ce soir. Les lumières colorés de la fête décorait le site. Il faisait étrangement bon, il n’y avait simplement que de temps à autre une mince caresse de vent frais d’hiver qui venait nous caresser les épaules… Dans le hangar, il faisait presque chaud.

Je dansais, je tapais du pied contre le sol qui nous accueillait cette nuit. Mon corps suivait chaque vibration, chaque « boum », cette musique répétitive traçait dans mon esprit le chemin qu’il devait suivre en écoutant cette mélodie. C’était une atmosphère qui me faisait beaucoup penser à celle d’une tribu, sous ces battements simples et ordonnés, qui nous unissaient sous un même rythme.

J’imaginais un loup courir sur ce rythme qui galopait rapidement. Je visualisais la forêt défiler devant moi, et je sentais la force que mettait mon esprit dans ce voyage. Dès que je sortais du hangar, une envie folle de gambader entre les arbres me prenait. J’aime courir, c’est quelque chose qui a toujours fait s’emballer mon cœur au point que mes sentiments fleurissent dans d’agréables sensations indescriptibles que procure la course.

Je sentais mes oreilles se plaquer contre ma tête avec le son trop fort, et ma queue suivre les mouvements de mon corps qui accompagnait la musique, j’étais bien ici. Même si le son était fort, ce n’était qu’encore meilleur. Je me sentais moi, juste moi. Juste à ma place. Dans une culture que j’ai choisie pour mienne.

Pendant 4 jours, je vivais dans ma petite communauté d’amis. Ma meute à moi. Ma petite famille… Et tout ça dans la nature. Que demander de mieux ? J’aimais ce climat, cette ambiance, ce milieu. Vivre dans un groupe, avoir son rôle et se sentir exister. Cela fait partie des choses qui m’importent le plus, dans ma petite vie…

Dans quelques heures, le soleil allait venir nous bercer dans son éveil, et réchauffer doucement notre peau rafraichie. C’est le moment que je préfère le plus, quand je vais dans une free party. Tout reprend son calme, les plus fatigués s’en vont, et les autres viennent faire connaissance et discutent de sujets divers, et souvent très ouvert spirituellement. Nous parlons des bienfaits de se vider la tête le temps d’une nuit, de ne penser à rien d’autre qu’à notre plaisir partagé. Parce que franchement, ça fait vraiment du bien. Oublier tout ce qui nous tracasse, juste le temps d’une nuit. Ne penser qu’à des choses positives, qu’à des choses qui nous font envie. On veut faire plaisir à ceux qui sont avec nous, et à soi-même… J’adore ça, j’adore vraiment savoir mon entourage heureux, ça me met dans le même sentiment !

Ce que j’aime aussi, le matin, c’est aller jouer avec les chiens de teuf. C’est impressionnant la quantité de gens qui fréquente ces endroits qui y emmène leurs chiens, et ils adorent ça aussi. Ils jouent avec leurs congénères, profite d’être dehors et de courir partout. Je faisais pareil au final, le matin. Je leur cours après et ils me courent après, on s’éclate avec des bâtons et je leur fais des caresses. J’aime beaucoup être avec les chiens, je ressens beaucoup d’affinité avec ces animaux. Nous nous comprenons facilement, et nous partageons des moments agréables.

Je me demande pourquoi je me sens très animale quand je vais à ce genre de soirée. Peut-être parce qu’on nous considère un peu comme des sauvages, qui sait. C’est vrai que de nous voir comme ça, de l’extérieur, on peut certainement penser qu’il s’agit d’une bande de fou qui se déhanches sans raisons sur de la musique qui répète la même boucle de façons plus ou moins diverses, qui se traînent dans la boue avec un menfoutisme inégalable, sans aucune raison. Eh pourtant si, il y en a bien, des raisons. Et je les ai citées plus hauts… Nous nous contentons de suivre nos besoins naturels, pas de réfléchir à toutes ces conneries de sociétés humaines qui tracassent notre quotidiens. C’est très naturel, tout ça. Je pense que c’est l’une des raisons qui me pousse à aimer ce milieu et cette culture, qui me fait me sentir un peu plus « moi » que d’ordinaire. Je suis mes instincts toute la nuit. Je dors, je mange, je m’amuse, je suis mes envies, je passe du temps dans une communauté. Ca ne doit pas être bien plus rythmé que ça, une vie de loup. Très franchement, ça me conviendrait, vraiment ! C’est une des raisons aussi qui me fait me sentir animale, cette jouissance du simple nécessaire de vie. Se satisfaire et prendre plaisir à faire des choses qui d’ordinaire ne semble être que notre train-train quotidien.

Le matin venu, je me suis installée entre deux arbres qui se croisaient pour dormir un peu. Je n’avais pas besoin de plus que ces deux arbres là, et du calme qui régnait à l’endroit quelque peu éloigné de la fête que j’avais choisi. D’autres m’avaient accompagnés dans ma promenade, mais nous étions tous là, silencieux, à profiter des simples gazouillements des oiseaux, du sifflement du vent entre les feuilles, le repos bien mérité de nos oreilles qui ont pu quelque peu souffrir cette nuit. Qu’est-ce que c’était bon. Avec tout cela, enfin le soleil qui comme promis, vint me réchauffer le visage agréablement. Ce sont des petites moustaches que je sentais cette fois, elles que j’ai dû sentir vraiment que quelque très rare fois. Après tout, même les canidés en ont ! Elles me chatouillaient même au point que j’ai dû me frotter les joues plusieurs fois. Au début, je pensais que j’avais quelque chose sur le visage, mais finalement non. Juste un simple ressentis. Ça m’amusait, même. Je souriais béatement entre mes deux arbres dans mon sommeil, jouissant de mon esprit complètement dénué de sentiment négatif. Je sentais mon museau, et bientôt ma queue et mes oreilles refirent leur apparition, j’avais l’impression de les sentir s’emporter par le vent qui s’était un peu accentué ce matin. Dans quelques temps, j’allais retourner au camion, pour me reposer. Ca me convenait parfaitement de vivre dans une camionnette. Je n’avais vraiment rien besoin d’autre, que de me dire que c’était mon point d’attache pendant ces quelques jours. J’ai toujours eu besoin de déterminer un endroit qui me sert de « terrier » quand je vais quelque part, passer du temps. Chez moi, c’est ma chambre. Ici, c’était le camion. Je savais que là-bas je retrouvais mon sac et mon petit nécessaire de vie, à boire et à manger, et de quoi me ressourcer. C’est fascinant comme j’ai besoin de ce petit endroit à chaque fois, et cela fait partie de ce que je considère comme mes petits traits un peu animaux. Je sais que c’est un endroit où je serais au chaud et où je pourrais être à l’abri du monde extérieur, et ça me suffit. Vous voyez, quand je vous dis que j’aime organiser des free party. Parce que je m’y sens vivre, je m’y sens animal, je m’y sens moi. C’est tout bête mes critères, mais c’est comme ça que je le sens. Et ça me procure du plaisir, qu’est-ce que je veux encore de plus. Rien. Rien du tout!

Ma vision de la notion “d’animalité”

Ma vision de la notion "d'animalité"

Par Sparwari

Animalité…

J’aime bien ce mot. C’est mon Graal. Le terme qui jouait à cache-cache avec moi depuis que je suis gamine et que j’essayais d’attraper… j’ai réussi, maintenant. J’ai mis un mot sur ce que je pensais être. Il m’en aura fallu, du temps. Il m’en aura fallu, de la patience. Mais je l’ai, maintenant. Je l’ai entre mes doigts, ce lingot. Cet Anneau Unique qui fait que nous sommes tous là, sur ce forum, à échanger nos points de vue et nos impressions concernant ce nom étrange…

Animalité. Douce animalité…
Tu as toujours été là. Sans jamais te montrer réellement.

C’est difficile de mettre des mots sur quelque chose de diamétralement opposé à la notion même de langage… mais je vais essayer.

Tout à l’heure, on m’a posé une question. Une question qui m’a fait réfléchir. Qui a mis le feu sous mon crâne et qui a porté mes pensées à ébullition.

“Qu’est-ce que ça fait ?”

Qu’est-ce que ça fait de se sentir animal ? D’être, justement, un de ces “Zoosapiens” ?

Une fois, j’ai vu quelqu’un à qui on avait posé cette question répondre : “Et toi, qu’est-ce que ça te fait d’être humain ?”. Je ris de cette réponse. D’un rire jaune.
Il faudrait être bien orgueilleux pour se prétendre autre qu’humain. Si on découpe le cerveau du premier thérian ou otherkin venu, on trouvera un cerveau de base. Un cerveau de base avec des capacités et un fonctionnement différents, cela va de soi. Mais, en ouvrant un crâne, on trouvera toujours cette gelée rosâtre et dégoûtante qui, je vous le rappelle, nous permet de nous trouver ici, sur le net.

Bref. Qu’est-ce que ça fait ?
Je vais m’avancer dans une forêt vierge avec mon propre regard et mon propre ressenti.

Pour moi, l’animalité, c’est une somme. C’est comme un château de cartes. C’est une carte. Plus une carte. Plus une carte. Plus une carte. Plus d’autres cartes. Qui forment un château de cartes.
Pourtant, il y a plusieurs façon de faire un château de cartes. Tout comme il y a plusieurs manières de vivre son animalité.

La nature des cartes varie selon les individus, je pense. Un caractère. Un souvenir. Des envies particulières. Des tendances spéciales. Des membres fantômes ressentis. Chacun de ces termes peut représenter une carte, et donc un des piliers du château. C’est complexe, un esprit. C’est complexe aussi, l’animalité… c’est complexe, un château. Il y a beaucoup de piliers. Il faut faire les fondations, les piliers, les tours, les parapets, le donjon…

Comment expliquer ? Comment décrire ? Autrement que par cette idée de château qui nous fait voir la vie autrement ?

Pour moi, c’est ce qui nous donne une manière de voir, et d’appréhender le monde d’une manière particulière. Quelque chose qui nous fait nous sentir autre chose que ce que nous devrions être. Un Homo Sapiens normal pense rarement au plaisir jouissif qu’on a à se mordiller, à mordiller, griffer, observer… de Vivre comme ça, en somme. L’Homo Sapiens lambda peine à penser qu’il est possible de penser autrement qu’avec des mots… et pourtant…

Être animal, à mes yeux, ça n’est pas bomber le torse en grognant : “Rawr, je suis un loup/ours/requin/aigle/fox à poils durs, tu as vu ma particularité ?”. Un thérian, en général, ça ferme son bec. Surtout quand ça a réalisé à quel point ses idéaux sont en décalage par rapport à la société…

Il m’est avis que ce qui nous pousse à nous identifier à une bestiole, qu’elle soit poilue, écaillée, emplumée, qu’elle vive dans l’eau, sur terre ou dans les airs, c’est bien la superposition de traits. C’est pour ça que toi, jeune Internaute, tu pourras, si tu n’es pas thérian, te trouver des points communs avec des amis à toi qui le sont. Et vice et versa. Si tu te considères comme thérian, tu peux te trouver des caractères en commun ( Caractères que tu attribues comme étant un des piliers de ton château-animalité compris ) avec des gens qui ne se sentent absolument pas animaux.
C’est une alchimie, pour moi. Un formidable procédé psychologique. Comme en cours de chimie, où quand tu mélanges différentes substances, tu obtiens une solution avec des jolis précipités de toutes les couleurs… là, c’est pareil. Les éléments à part n’ont rien de particulier, mais quand ces éléments de ton Toi se tissent et se mélangent, ça forme ce Toi avec ce côté franchement bestiole.

Ni plus ni moins que ça, j’ai envie de dire.

C’est mon point de vue. Mon ressenti. Mon regard sur la thérianthropie. Je peux vous parler de ce qu’est pour moi la thérianthropie, mais de l’autre côté, je reste incapable de vous dire Pourquoi. Je suis dans l’incapacité totale de vous dire ce qui est à l’origine de cette étrange alchimie. Je ne sais pas ce qui fait que les cartes tiennent ensemble pour faire le château…

Et même si j’aimerais le savoir, honnêtement, ça ne fait dans l’immédiat pas avancer la chose…

“Réel ou pas?”

"Réel ou pas?"

Par Akhila

J’ai écrit ça sur un blog en réponse à l’idée que la thérianthropie et les identités otherkin puissent n’être que le produit d’une société occidentale, argument qui était aussi utilisé dans le débat pour sous-entendre que ces expériences n’étaient ni légitimes ni même réelles.

D’ordinaire j’ignore ce genre de discussions parce que je pense que je n’ai pas à me justifier auprès de qui que ce soit. Au bout du compte c’est mon affaire si je m’identifie en tant qu’animal, et je ne tolère pas dans mon entourage ceux qui s’imaginent que c’est une pratique acceptable que de fliquer les gens sur leur concept de soi. Cette fois cependant j’aimerais démystifier une idée reçue à propos de la constitution/construction des identités, parce que les argumentations pseudo-scientifiques que certains tentent d’utiliser pour discréditer la thérianthropie ne tiennent pas debout.

On ne peut pas juste prendre le concept de construction sociale pour en faire n’importe quoi; enfin je veux dire que certains essayent bien, mais ce n’est pas comme ça que ça marche. Si l’on examine l’idée que le contexte socio-historique puisse influencer la façon dont les individus se pensent/construisent, il y a tout un tas de sources littéraires à ce sujet. Concernant les auteurs qui écrivent plus spécifiquement à propos des phénomènes mentaux qui seraient plus répandus dans les sociétés occidentales, de tête je peux déjà citer Ian Hacking au sujet de la personnalité multiple/trouble dissociatif de l’identité, et Alain Ehrenberg à propos de la dépression clinique et des névroses en général; ce qui ne veut pas dire non plus que la maladie mentale est une chose entièrement construite socialement, mais en lisant ces auteurs on peut avoir un aperçu de la manière dont un contexte socio-historique puisse aussi mener à ce qui nous apparaît alors comme une augmentation de la population affectée par ces troubles.

Dans la même veine, on a de plus en plus suggéré le fait que les avancées techniques et la visibilité dans les médias du 20e siècle ont permis de rendre les parcours de vie trans “possible” et “accessibles” aux yeux des personnes qui se questionnaient sur leur genre. Pour faire simple, quand les gens savent que quelque chose existe, il y a plus de chance qu’ils comprennent ce qui leur arrive au travers de ce prisme là, et qu’ils utilisent ces termes ou concepts là pour se décrire.

Maintenant, la possibilité qu’au fond on puisse être un autre animal, ou avoir l’âme d’un animal, n’est pas une croyance récente au regard de l’histoire de l’humanité; mais je n’ai pas envie d’argumenter là-dessus parce que je ne crois pas qu’il faille nécessairement qu’une chose ait existé par le passé pour qu’elle soit légitime dans les temps modernes. Je peux considérer la thérianthropie en tant que telle, un phénomène récent dont la sous-culture trouve ses fondements au début des années 90 (et pour les otherkin, qui remonte même aux années 70 avec les Silver Elves). Il y a très peu d’études qui se sont intéressées à ces population et il semblerait que ça ait surtout été des sondages en ligne, et donc il y a dès le départ certains biais comme par exemple qui peut simplement répondre à ces sondages (c’est à dire, principalement des personnes anglophones qui ont accès à Internet).

Maintenant que ceci a été dit et si l’on met de côté ce biais, est-ce que la thérianthropie/les otherkin semblent plus typiques de sociétés occidentales? Eh bien cela pourrait bien être le cas oui. Mais est-ce que cela signifie alors que les identités otherkin et thérianes relèvent du délire, sont “simulées”, et qu’elles peuvent être “démontées” d’une manière ou l’autre?

Ce serait comme dire que les personnes trans ou les individus qui souffrent de dépression font du cinéma – non pas que je pense que les transidentités soient une maladie mentale, ce n’est pas le cas, et je suis moi-même trans. Je ne suis pas neurotypique non plus. On sait que ces populations ne cherchent pas à “faire les intéressants” ni à “se conforter” dans leur situation et leurs bizarreries. Peut être qu’il y a une réelle augmentation de telle ou telle population; peut être que cette population est simplement plus visible ou que certains troubles sont mieux diagnostiqués. Peut être que c’est la faute des sociétés occidentales qui mettent l’individu au centre des préoccupations, et que plus de gens qu’auparavant ont le temps et les ressources de réfléchir sur eux-mêmes.

Malgré tout, ces personnes qui ont des identités atypiques, ou qui souffrent de certains troubles, ont des expériences valides et légitimes. Elles “n’inventent” pas ce qu’elles sont ou ce qu’elles ressentent. Peut être qu’elles sont en partie ou totalement le produit de leur époque, mais quand bien même, leurs expériences sont réelles. Des gens vont voir le psy ou doivent prendre de médicaments, ou ont besoin d’opérations chirurgicales et ainsi de suite, à cause de phénomènes bien réels qui affectent leur vie (par exemple, le sentiment de dysphorie de genre pour une partie de la population trans). De nombreux thérianthropes ressentent des membres fantômes surnuméraires, qui est un phénomène déjà répertorié par la communauté scientifique. Il ne s’agit pas de prendre ses désirs pour des réalités, même si bien sûr il pourrait aussi y avoir quelques personnes qui délirent parmi tout ceux qui se déclarent thérianthropes.

Et je ne vais pas débattre de si ces sensations non-humaines sont “identiques à celles vraiment vécues par l’animal en question”. Déjà, on n’a même pas la même biologie, et je ne crois pas que qui que ce soit de raisonnable ait nié le fait qu’ils possèdent un corps humain. Mais comme Quil a pu l’expliquer dans l’un de ses textes, dire que l’on est tel animal est juste la manière la plus simple, la meilleure approximation pour expliquer ce que nous ressentons; le fait que nos comportements et nos schémas de pensée et ainsi de suite ressemblent à ce que nous – oui, nous en tant que personnes qui vivent dans des corps humains et une société humaine – nous pensons que ces animaux sont. On ne peut pas vraiment savoir, exactement, ce que c’est que d’être un animal qui n’ait pas un corps humain, comme on n’en a pas l’expérience pratique. Malgré tout, même si l’on ne peux pas dire si l’expérience de loup d’un être humain est exactement la même que celle d’un loup non-humain, on ne peut pas ignorer toutes les manières desquelles nous sommes différents des “humains qui s’identifient à des humains”.

En dernier lieu, on ne sait pas encore ce qui cause la thérianthropie, mais étant donné la forte proportion dans la communauté thériane/otherkin d’individus trans, ou qui se trouvent dans le spectre autistique ou présentent d’autres particularités neuro-atypiques, il y a sans doutes bien plus que des schémas culturels à l’oeuvre au sein de cette population. Mais ceci mis à part, je voudrais juste que les gens se souviennent que les constructions sociales n’ont pas moins d’effets et ne sont pas moins réelles que ce que l’on considère comme des caractéristiques innées; et comme la science a commencé à le découvrir depuis plusieurs dizaines d’années, il n’y a pas de distinction si propre, claire et nette que ça entre l’inné et l’acquis, pour commencer.