La colère et la personne animale

La colère et la personne animale

Par Merf

D’après mon expérience, très peu d’enfants prennent leurs responsabilités quand ils sont en colère.

“C’est lui qui m’a tapé le premier!”

“Il a dit que j’étais une chochotte!”

Heureusement, en grandissant la plupart des enfants apprennent à être responsables de la façon dont ils expriment leurs émotions. La colère et la frustration sont des réponses défensives naturelles à certaines situations comme lorsqu’on se fait malmener. La violence, par contre, est un choix. La conscience de soi – avoir la capacité de prendre du recul et analyser ses propres pensées quand cela se produit – nous permet d’utiliser cette aptitude à choisir la manière dont on réagit face à nos propres émotions. Cela pourrait bien être la définition même du terme “respons-abilité” (“la capacité à répondre”).

Certains cependant ne retiennent pas cette précieuse leçon. Quelques individus vivent en étant esclaves de leurs réactions émotionnelles et des idées sur ce qu’ils sont sensés en faire. Quand ils sont énervés par quelque chose, ils lui font du mal. Quand ils ont peur de quelque chose, ils s’enfuient ou se battent avec. Quand ils désirent quelque chose (ou quelqu’un), ils se lancent à sa poursuite. Je me souviens du nombre de fois où mes camarades plus costauds, après m’avoir frappé à tel point que je ne pouvais plus réfléchir correctement, ont rejeté la faute sur mes épaules. Si je ne leur avais pas répondu, vous voyez, ils n’auraient pas été obligés de me faire du mal. C’est ça l’excuse universelle de la brute tyrannique, “c’est de ta faute”.

Cependant, tirer leçon de tout ça prend du temps, et nécessite l’exploration de soi-même. Il faut réfléchir aux raisons de ses propres actions et émotions, et comprendre pourquoi on réagit comme on le fait.

“Pourquoi est-ce que je l’ai frappé, même si je savais qu’il me battrait à mort?”

“Parce qu’il se moquait de moi.”

“Pourquoi ne pas l’avoir simplement ignoré?”

“Il y avait d’autres personnes qui regardaient et riaient. Je ne voulais pas qu’ils pensent que je suis faible.”

“Pourquoi se préoccuper de ce qu’ils pensent?”

“Parce qu’il le faut. Si je ne garde pas la tête haute, ils se moqueront TOUS.”

“Donc c’est une question de fierté…”

“Hé! Qu’est-ce qu’on est sans notre fierté? Je dois défendre mon image!”

(et ainsi de suite)

On peut en conclure que ce n’est pas une grosse surprise quand certaines personnes animales, après avoir pris connaissance de leur animalité, croient à tort que c’est elle qui est la cause de leurs propres réactions sous le coup de l’émotion. Après tout, les animaux ont la réputation de réagir impulsivement à la menace, au danger, ou sous l’influence de la faim. Les animaux sont vus comme étant libres et sauvages, et on croit qu’ils font tout ce qu’ils désirent faire, qu’ils répondent à tout par instinct. Posséder une “nature animale” peut fournir une explication (ou excuse) facile et rapide très tentante pour sa propre impulsivité. Ca prend du temps de regarder au delà de notre “animal intérieur” à la recherche des véritables causes, et tout le monde n’est pas prêt à le faire volontiers.

Cela peut être particulièrement trompeur quand on prend conscience de son animalité dès l’enfance. Là, je ne peux pas m’avancer pour tout le monde, mais pour ma part je sais que j’ai toujours été plus conscient de mon animalité quand je me sentais plus émotif. Je ne sais pas pourquoi. Peut être parce que les émotions fortes – en particulier celles de fuite ou lutte – aiguisent la conscience de soi. Quand on me brutalisait, j’avais souvent l’impression que l’ourse surgissait de quelque part au fond de moi pendant qu’on me malmenait, et je réagissais en griffant et en grognant. Partant de là, il n’y avait plus qu’un pas pour s’imaginer que c’était l’ourse la responsable pour ce que je faisait. “Elle a surgit et pris le dessus.”

Je pense qu’à l’époque j’ai peut être eu peur de “la bête” parce que je pensais que c’était elle qui me “faisait me battre”. Je pensais agir de manière animale à cause d’elle. Je l’ai repoussée, je l’ai enfermée mentalement dans une cage imaginaire piégée au plus profond de moi, parce que je voulais que ça cesse. Ca a peut être été le tout début de mes propres leçons de responsabilité émotionnelle.

A présent je peux regarder en arrière d’un oeil critique, bien sûr, et me rendre compte que l’ourse était toujours là. Elle et moi ne faisons qu’un. J’étais simplement plus conscient d’elle – et de toutes mes autres facettes – quand j’étais en colère. C’est moi seul qui choisissait de réagir violemment à une situation. L’influence de l’ourse signifiait seulement que je griffais au lieu de donner des coups de poing et que je grognais au lieu de crier. Je pense donc qu’il est facilement imaginable que d’autres personnes animales soient parvenus à des conclusions similaires.

De nos jours, après avoir passé tant de temps à explorer l’image que j’ai de moi-même et de “Maman Ourse”, j’en suis venu à nous voir comme étant essentiellement forts, à la fois physiquement et mentalement. Suffisamment forts pour nous dresser contre la tempête de nos émotions. Suffisamment forts pour être capable de décider de s’éloigner [de ce qui nous énerve]. J’ai un sens très fort de ma propre “capacité-à-répondre”.

… Mais je ne peux parler qu’en mon nom.